L'Hydre


 
AccueilS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Gargote Orléannaise - L'Hydre - " La conversion de Mahaud"

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Mahaud

avatar


Compétences
Force: 255 ! Retour à la normale !
Capitaine: Oui
Fonctions: vanille

MessageSujet: Gargote Orléannaise - L'Hydre - " La conversion de Mahaud"   Jeu 16 Sep - 4:10

Mahaud a écrit:
Comment tout a commencé





Longtemps je me suis couchée de bonne heure ...
J'aurais dû m'appeler "Madeleine", mes parents ont préféré "Mahaud". "Mahaud de Sétongues" ça déchire, non ?
Ils voulaient un garçon, ils eurent une fille
Ce ne sont pas des fées qui se sont penchées sur ma bercelonnette mais un e-Mage qui tenait ma mère sous sa coupe et qu'elle consultait à tout bout de champ, dont les prédictions se réalisaient une fois sur dix mais étaient virtuellement parfaites !
Quand mes parents lui demandèrent ce qu’il voyait de ma vie, il répondit sans hésiter que je serais appelée vers une destinée prestigieuse mais qu’il me faudrait beaucoup marcher. Mes parents sur le coup se regardèrent, le sourcil droit en circonflexe interrogateur et pensèrent que l’e-Mage avait dû prendre un coup sur la cafetière et mal interpréter les signes : pour la destinée prestigieuse ça collait pas mal avec leur propre vision de mon avenir et du rôle qu’ils auraient à y jouer mais pour la longue marche, ça n’allait plus du tout. D’abord, pourquoi une fille dont les écuries regorgeaient de montures de toutes sortes serait-elle obligée d’aller à pied comme une vulgaire gueuse ?

Il y eut un grand blanc. Arrêt sur l’e-Mage. Tous les regards étaient tournés vers lui et tous attendaient une explication.

Mais l’e-Mage était formel :

- Ouiiiiiiiiii ! Je vois ! Je voooaaaa nettement ! La petite fera du chemin !
- Ah, alors ça baigne !
conclut mon père. C'est presque une tradition ancestrale pour les Sétongues de faire du chemin ! ça va même grand train ! Nous n'avons pas les deux pieds dans la même poulaine ! Poulaine .... Sabot .... Aaaah ... Humour !
Et, satisfait de son trait d'esprit, mon père partit d’un rire tonitruant qui mit fin à la conversation. Hop ! Zou ! Tout le monde se précipita baffrer au banquet donné en mon honneur.
Et voilà, je coulais des jours heureux dans le castel de Sétongues, noblesse d’épée acquise fièrement des siècles durant à la pointe de la lourde claymore de mon bisaïeul qui pourfendit les Sarazins à Poitiers tandis que le père de son père délivra la ville Sainte aux côtés de Godefroy. Contrairement aux parvenus qui ne jurent que par les vertus magiques de l’ Allopass, chez nous les seules cartes bleues qui avaient cours étaient celles de mers et océans bordant les terres Maures jusqu’à Jérusalem !
"Je coulais des jours heureux" ai-je dit ? Ce n'est pas exact. J'aurais rêvé d'être choyée par des parents aimants, d'être la prunelle de leurs yeux. Cependant mes père et mère n'avaient d'yeux que pour eux-mêmes, persuadés que l'éducation d'un mouflet est une charge bien plus écrasante que des andouillets au front d'un cocu. "Dieu que cette enfant est pénible !" soupirait à fendre l'âme ma mère qui avait compris depuis longtemps combien il est usant d'aimer sa petite fille.
Je persistai tout de même à grandir en grâce et en sagesse. Mais pas très vite. A six ans on m'en donnait quatre. A treize, j'en faisais dix.

- Alle r'fuse de d'venir une dame ! Alle veut rester un babé ! prononça sentencieusement une vieille femme qui trifouillait dans le marc de café. La bonne femme faisait en alternance office de confesseur et de rebouteux. Elle demandait aux gens qui venaient la consulter de s'allonger sur une paillasse pour lui raconter leurs malheurs. Elle croisait les doigts, hochait la tête d'un air entendu, marmonnait dans son double menton et souvent, se mettait à ronfler au bout de trois minutes.

- N'a qu'à lui donner des jaunes d'oeufs d'poule dans du lait frais 'ec du froment et d'la poudre de pignons de pin. Quatre fois par jour !

Il faut croire que le traitement fonctionna. Et même la tendance s'inversa : à quinze ans j'étais formée comme à vingt ! Mes cheveux bruns prirent un éclat profond, d'un bleu lustré. Mes yeux autrefois noisette virèrent au vert avec quelques tâches jaunes autour de la pupille. Je dépassai d'une tête toutes les femmes du château dont aucune n'était petite.




Mes parents ne m'en aimèrent pas plus.
Pour d'obscures raisons médicales ma mère ne put jamais avoir d'autres enfants. Je dis "obscures" car mes parents n'ont pas cru indispensable de m'expliquer les accidents anatomiques ou physiologiques de ma mère. D'ailleurs je ne posai pas de questions. Mon éducation leur étant un fardeau c'est au gouverneur de mon père, Hasdrupal, qu'elle revint. C'est à lui que je dois de n'être point idiote et de ne point sonner creux. Puisque mes parents se languissaient d'avoir un fils, puisque Hasdrupal n'avait jamais instruit de fille, je fus élevée comme un garçon. A la dure et avec une grande efficacité, sans broderie au petit point. Le baron et la baronne de Sétongues laissèrent au vieux maître d'armes la bride sur le cou dans ses choix éducatifs. Sans doute pensèrent-ils à un moment ou à un autre que grâce à cet enseignement hors normes, finalement, leur fille pourrait se montrer un peu utile en acquérant la poigne nécessaire à l'administration des terres lorsqu'ils fermeraient les yeux. Là encore, personne ne jugea nécessaire de m'expliquer. Je ne posai toujours pas de questions.
Mon maître Hasdrupal était un homme sévère mais juste qui m'enseigna le maniement de l'épée, la fauconnerie (accessoirement, la vraie), un peu de Latin, la sémantique, le vieux François, comment les Anglois nous mirent la piquette à Hastings, l'art de l'enluminure et de la bière. Je sais aussi lire sans le doigt.
Plus les lumières baignaient mon esprit, plus je me sentais capable d'entreprises peu conventionnelles pour mon époque et jugées totalement inadéquates pour une femme. Je considérais l'homme comme mon égal. Je me battais avec les gueux et les serfs. Je battais aussi la campagne au triple galop. Je lorgnais sur les étoiles et tentais de calculer des trajectoires improbables. Je voulais me rendre utile et travailler. Soit pour moi-même soit pour le progrès de l'humanité.
Avec une acuité sans complaisance je percevais clairement mon itinéraire tout tracé et bien terne : j’allais prendre la succession de mon père privé d'héritier mâle, devenir la châtelaine de Sétongues, me marier à Thibaud de Faidan-Sonfroc, copuler moultement, faire plein de petits Faidan-Sonfroc et Sétongues afin que la lignée ne s'effondre pas.

Pourtant, l’année de mes vingt ans, deux faits remarquables se produisirent qui furent à l’origine du changement radical qui allait marquer ma vie.
Le premier : Thibaud de Faidan-Sonfroc ne revint jamais d'une chasse au sanglier. La bête qu'il poursuivait à bride rabattue, contre toute attente, se retourna et chargea la monture qui se cabra et se renversa sur son cavalier. Mon futur eut la nuque brisée. Sa dernière vision fut celle d'un groin couvert de terre et de bave.
Comme le bruit courait bon train dans la région que Mahaud, la fille du baron, était une calamité, cavalait en braies et chemise jusqu'à pas d'heure dans les bois et avait un caractère de cochon, les prétendants ne se présentèrent jamais. Ceux qui l'avaient vue juraient qu'elle était laide de surcroît.
Le second : ma mère, qui ne vivait plus sans les augures de Troidé, l' e-Mage, manda à mon père de l’installer à demeure dans notre castel. Mon père céda au caprice et l’e-Mage Troidé s’étala, étendant son pouvoir sur mes parents prisonniers de ses visions prémonitoires qui flattaient leur ego en leur faisant croire qu’ils pouvaient contrôler leur destin et la couleur du pelage des vaches. Son emprise devint telle que mon père, qui le tenait en haute estime, songeait même à écrire au Roy en vue de son ennoblissement. Mais pour être E-Mage, Troidé n’en était pas moins homme et si l’avenir avait des formes floues, mon fessier rebondi, lui, s’inscrivait très nettement dans son esprit … Je ne sais quels projets son cerveau dérangé avait élaborés mais il s’attacha à ma personne et conçut pour ma pomme un amour immodéré, insensé, furieux ; une rage qui le mettait en transes et le faisait gratter à ma porte. Je ne pouvais faire un pas sans qu'il me colle à la traîne. Je le trouvais dans mes appartements à respirer mes jupes. Mes entraînements à l'épée avec Hasdrupal étaient interrompus par ses cris hystériques. Il menaça mon vieux maître de lui lancer un sortilège de constipation si je poursuivais ces exercices si peu conformes au rang et au rôle d'une damoiselle. En peu de temps, il avait fait de ma vie un enfer !
Les choses empirèrent lorsqu'il se présenta devant mes parents un soir dans la grande salle qu'il traversa à deux genoux. Nous étions à l'agneau rôti lorsqu'il demanda ma main. Mon père ne répondit pas tout de suite car il avait la bouche pleine et de la sauce dans la barbe. Mais ma mère afficha un sourire qui ne me dit rien de bon. Elle se tourna vers le Baron de Sétongues :

- "Mon époux, voilà une demande qui pourrait fort nous agréer. Notre fille Mahaud n'est toujours pas épousaillée. A vingt ans !"
Petit rictus de dépit.
- " Nous pourrions joindre l'utile à l'intéressant. Notre mage est presque un membre de notre maisnie maintenant. Voilà qui scellerait le lien de façon durable et nous assurerait une puissante protection. Nous allons y réfléchir avec toute la considération que cette demande exige, n'est-ce pas mon aimé ?"
Son aimé aspira bruyamment la moelle de l'os, en nettoya l'intérieur avec la langue, s'essuya la barbe dans le revers de la nappe et après avoir bu une grande rasade de vin d'Espagne hocha la tête.

Je bondis.

- Comment ! Vous allez me livrer à ce... à cet ... être abject et cupide afin de vous prémunir contre je ne sais quelle malédiction ? Mais ne voyez-vous pas qu'il vous berne ? Il n'est pas plus mage que je ne suis papesse ! C'est un intriguant ! Il vous tient en son pouvoir ! Il me convoite et avec moi les terres, le château, la baronnie ! C'est ... c'est... un pourceau !
- Ma fille, vous n'êtes pas priée de nous donner votre avis. Un père se doit d'assurer l'avenir de ses enfants. Messire Troidé nous paraît avoir toutes les qualités d'un homme preux et bon. Sa vaillance et son dévouement nous ont été prouvés maintes fois. Nul doute qu'il ne faillira pas. Il vous demande ? Hé bien il vous aura !

Le soir même je trouvai un créneau d’où me jeter dans les douves.
Soit. Puisqu'il s'agissait de m'enfuir, j'aurais pu sortir par la grande porte. Mais j'avais mes raisons de préférer le saut de l'ange. D'abord, je ne tenais pas du tout à ce qu'un garde ou une gouvernante me voie et soit informé de mon départ. Et par ricochet, n'en informe mes père et mère. Et puis, je voulais une sortie de scène dramatique. Voire épique. Façon roman de chevalerie.
Non seulement je ne mourus point mais ma sortie me combla. Le seul inconvénient de ce mode de départ, et je m'en rendis compte seulement au moment de prendre la route, fut que les écuries se trouvaient de l'autre côté des lourdes portes fermées. Evidemment, dans les écuries il y avait les chevaux.
Lorsque j’émergeai grelottante de l’eau noire et glacée, de la vase plein les poulaines, j’étais douchée et avais perdu toutes mes illusions. Mes parents, seulement préoccupés de leur e-mage me chercheraient bien un peu. Deux ou trois jours. Le temps de faire taire leur conscience. Ensuite, il retourneraient à leurs occupations égoïstes et satisferaient de nouveaux caprices. L’e-mage amoureux éconduit compenserait son mal-être en dévorant des tablettes entières de chocolat helvète et mon vieux gouverneur, le seul à qui je manquerais réellement et qui me manquerait tout autant, pourrait peut-être me rejoindre dès que je serais établie quelque part. S'il n'était pas encore mort de désespérance dans cette demeure. Il y avait quelque chose de pourri dans le royaume des Sétongues. Tout bien pesé, je n’avais aucune véritable raison de faire marche arrière.

Je tordis mes jupes pour les essorer et déposant sur l’herbe un carré de soie qu'en jeune fille prévoyante j'avais noué en balluchon et lancé avant de me jeter dans le vide, j’y fis à nouveau l’inventaire de ce que j’avais emporté : une centaine de sols, une dague effilée, une paire de chausses neuves, une houppelande, trois bougies, des fruits confits, une chemise, une pierre à briquet, quelques bijoux, une galette et deux miches de pain ramollies par l’eau des douves, une mine de carbone, quelques feuillets de vélin et ma vieille broigne d'entraînement, au cuir ravagé par la taille et l'estoc mais Ô combien solide, ayant autrefois appartenu à Hasdrupal, qu'il m'avait offerte en gage de son indéfectible affection. Je contemplais un moment ce qui restait de ma splendeur passée en me demandant ce qui m’attendait. Sentant mon courage flancher, je nouai vivement les quatre coins du carré et jetant le paquet sur mon épaule, je tournai le dos au castel.

Où aller maintenant ? Quelle direction prendre ? La nuit était noire mais il me semblait qu’il y avait des étoiles dans le prolongement de la tour Nord se dressant comme un doigt impérieux vers le ciel. Vers le nord ? Pourquoi pas.
Nous étions à la fin du mois de mai 1454. Le fond de l'air était frais mais les rigueurs de l'hiver étaient maintenant bien loin. J'avais tout l'été devant moi.
J'avais toute la vie aussi.
Revenir en haut Aller en bas
Mahaud

avatar


Compétences
Force: 255 ! Retour à la normale !
Capitaine: Oui
Fonctions: vanille

MessageSujet: Re: Gargote Orléannaise - L'Hydre - " La conversion de Mahaud"   Jeu 16 Sep - 4:12

Mahaud a écrit:
Ce qui a suivi ...



Je vous passe les détails ennuyeux et sans aucune originalité, communs à tous les voyages : la saleté, les cors aux pieds, les besoins dans le caniveau, les tours et détours, les dangers aussi divers que nombreux qui guettent, tapis derrière un fourré, l'honnête voyageur qui avance benoîtement le nez au vent. Il y a bien quelques détails scabreux aussi comme la fois où ma virginité s’envola par-dessus les moulins mais je doute que cela intéresse quelqu’un.
Je m’empressai d’acheter une monture au premier maréchal ferrant que je rencontrai. Pour 10 sols on me donna le choix entre un âne prénommé Martin à qui il manquait les trois quarts de la queue et dont les braiments ressemblaient aux quintes de toux d’un grand phtisique et une haridelle juchée sur de longues pattes cagneuses. Je pris la jument. En sortant les dix sols de ma bourse je priai pour que la bête ne mourût point le lendemain et je poussai jusqu’à demander un miracle : qu’elle me conduisît là où je voulais aller ! Si ce n'est point trop vous demander, Seigneur ...
Grimpée sur le dos de ma monture, ballottée de gauche à droite au gré des mouvements de son ventre je réfléchissais à ma décision de remonter jusqu'en Lorraine. C'était bien loin, la Lorraine. Mais c'était le seul endroit où j'étais assurée d'y trouver le gîte et le couvert. Raoul, dit "Le Glabre" m'y avait été recommandé et m'attendait. Un petit neveu de mon précepteur qui lui avait écrit afin de le prévenir de mon arrivée, propriétaire d'une auberge réputée à Epinal - "l'Auberge de la belle Carotte"- habile à la manoeuvre de la couleuvrine et de certains objets contondants ; borgne mais bel homme, jouissant d'un certain succès auprès des femmes que leur nature, c'est bien connu, porte irrésistiblement vers les mauvais garçons frondeurs au sourire carnassier. Hasdrupal m'en avait dressé un portrait dont je ne savais exactement s'il devait me rassurer ou au contraire m'inquiéter. Quoi qu'il en soit, l'auberge de la belle Carotte apparaissait comme le seul refuge auquel je pouvais prétendre.
Je traversai donc le Berry. Puis la Bourgogne. A Tonnerre, dans une taverne je me murgeai la tronche en compagnie d'un poète qui raconta debout sur un tabouret comme sur une scène, un gobelet de vin de Bourgogne dans une main, un hanap dans l'autre, devant un public aviné et hilare, comment il avait sculpté la borne de l'Hôtel de Catherine de Bruyère en cul joufflu regardant vers ses fenêtres. Villon. L'Histoire retiendra le nom de ce poète effronté, au verbe agile autant que ses doigts qui composa un soir sur un coin de table une ballade à la grosse Margot avant de la culbuter à même le sol. Je m'étais endormie le nez dans mes vomissures. Au petit matin, je trouvai un bout de parchemin griffonné d'une écriture nerveuse et impatiente, abandonné sur l'autel des libations. Je le pris et le gardai.


" Vente, grêle, gèle, j'ai mon pain cuit.
Je suis paillard, la paillarde me suit.
Lequel vaut mieux ? Chacun bien s'entresuit.
L'un vaut l'autre ; c'est à mau rat mau chat.
Ordure aimons, ordure nous affuit ;
Nous défuyons honneur, il nous défuit.
En ce bordeau où tenons notre état."

( François Villon, "Ballade de la Grosse Margot")

Je passai la Champagne. J'arrivai en Lorraine. La jument rendit l'âme sur la route de Vaudemont. Elle s'affala d'un bloc entre ses quatre pattes écartées dans un nuage de poussière, les naseaux fumants, la langue pendante. VROUF ! Et ne bougea plus. C'est à pied que je franchis la trentaine de lieues qui me séparaient d'Epinal. J'entrai dans la ville grouillante qui puait le chou et l'urine, les yeux rivés à mes pieds, soucieuse d'éviter les ruisseaux d'eau chargés d'immondices qui dégoulinaient des ruelles pavées. J'avais, pour les commodités du voyage, troqué mes jupes contre des vêtements d'homme, braies, chausses et chemise. Aussi, lorsque je butai contre la bedaine d'un sergent recruteur de l'Ost lorrain celui-ci m'envoya valdinguer contre le mur d'une échoppe de savetier, d'un revers du plat de sa main droite, large comme un battoir de lavandière.

- Alors, mon gars, on r'garde pas où c'qu'on va ? C'éti que tu m'manqu'rais de respect !

- Non messire, que nenni ! Je ..

Il me saisit par le col comme un vulgaire sac à patates et approcha son visage du mien. Je pus à loisir détailler l'arc en ciel sombre de ses chicots lorsqu'il ouvrit la bouche en même temps que je reçus en plein dans le nez quelques gouttes de salive et sa lourde haleine aigre :

- Y'a moyen de réparer ça. T'as le choix, morveux : soit j' te cogne la gueule jusqu'à c'qu'il reste de la bouilli, soit tu signes un papier que je vais t'montrer !

Mon cerveau battait déjà la compagne. Il alluma une chandelle dans la case "Signe" ! Lui révéler ma véritable nature aurait été du suicide. Qui dit qu'il ne m'aurait pas traînée dans un coin obscur et désert puis besognée, violentée jusqu'à ce que mort s'en suive ? Ma corpulence, la finesse de mes traits ne semblaient pas l'intriguer. A ses yeux je passais aisément pour un jeune cul-vert qu'on enverrait servir sur un trébuchet ou monter la garde aux machicoulis des chemins de ronde ou servir aux cuisines. Un reste d'instinct de survie me poussa à négocier ce qui était encore négociable :

- Je signe ! Mais on ne va pas faire affaire ici dans la rue, hein ? J'offre une tournée à l'Auberge de la Carotte ... ça vous va ? Mais je sais pas où c'est ...

Le sergent me reposa sur le sol et me poussa devant lui.


- j'va t'guider. T'avise surtout pas de me fausser compagnie ou j't'écrase comme un moucheron.

Je le croyais sur parole et ne cherchai pas à vérifier l'hypothèse.
C'est un futur soldat de l'ost lorrain accompagné de son sergent qui fit son entrée dans lAuberge de la Carotte. Raoul était sorti et s'il avait été là ça n'aurait rien changé. Une petite servante servit un pichet d'alcool de mirabelle et se prit une claque appuyée sur la croupe en récompense lorsqu'elle tourna le dos. Le gros sergent vida le pichet et me fourra un papier entre les mains.


- Signe là ! tonna t-il en martelant la table de son gros doigt sale.

Les larmes me brûlaient les yeux lorsque je signai mon ordre de recrutement d'une simple croix.

" A mau rat, mau chat ..." chantonnait une voix dans un coin de ma tête.
Revenir en haut Aller en bas
 
Gargote Orléannaise - L'Hydre - " La conversion de Mahaud"
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
L'Hydre :: La place commune :: [RP] : Nos histoires en Gargotes-
Sauter vers: