L'Hydre


 
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 Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)

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Fernand
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MessageSujet: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Mer 14 Avr - 20:32



- Laissez-moi faire, j' vous dis, il faut bien qu'on recrute, là où se trouvent les gens motiviés!
- M'enfin, m'sieur Fernand, ça va jamais marcher votre histoire, faut être raisonnable!
- La ferme La Fouine! Vous n'y connaissez rien en hydrophysique! L'aveugle a dit que ça peut marcher!
- Il a vraiment dit ça?
- ... eh bien en fait, il a dit "garzap cho gadjo brouz oun" et il a craché dans le feu....
- Mais... ça ne veut rien dire!
- oui, mais ça a fait une petite gerbe d'étincelle...
- Mais ça non plus ça ne veut rien dire?!!!!
- Vous voyez bien? ça ne veut rien dire! si ça se trouve, ça fonctionne...
et puis depuis quand êtes-vous raisonnable, vous d'abord?
- C'est pour vous donner la réplique, m'sieur. Et puis y a personne là-haut, vous-même vous dîtes que c'sont des âneries....
- Je n'ai pas dit qu'il n'y avait personne, j'ai dit qu'il n'y avait pas votre ex-femme, ni votre cousin fêlon!
- ..... La bombarde va être toute encrassée après un coup pareil...

Fernand ignora la dernière remarque et jeta un dernier coup d'oeil à ses calculs



- Non, ça ira, ça devrait fonctionner.
- Mais... pourquoi avec une cigogne???
- Un vieil ami à moi utilisait ce procédé à Genève pour convoyer les lourdes charges au loin..... Et puis c'est plus aérodynamique que les poulets. il faut juste mettre un peu plus de bourre pour protéger les pattes.
- il mettait des cigognes dans une bombarde???
- Non, voyons, l'usage de la bombarde comme lanceur est une technique mise au point à la veille de notre passage à Mont-de-Marsan par le vicomte d'Ysengrin.L'intéressant ici c'est que j'ai dressé la cigogne pour lâcher son paquet une fois qu'elle atteint le point culminant de la courbe parabolique!


Le furgolin tenta de s'enfuir mais Fernand le saisit par la peau du coup et glissa le message dans le petit tube en argent sous son cou avant de fourrer la bestiole qui se débattait et tentait de le mordre dans un sac en toile de jute aux mailles relâchées. Il coinça le tout dans le bec du volatile effrayé.

Rarement la bombarde avait tonné d'un aussi puissant coup. La campagne auvergnate en frissonna comme une vierge.
La carcasse de la cigogne fila très haut dans l'atmosphère, le croupion fumant dans l'azur. Le furgolin ne dut sa survie qu'à l'effet amortisseur de l'oiseau dans lequel il s'enfonça copieusement et à l'inconscience dans laquelle la frayeur et la prostration l'avaient plongé juste avant la mise à feu.


- C'est parti! dit Fernand, la main en visière tandis que le projectile disparaissait à sa vue...

Lorsque le boulet sanglant chuta dans la dordogne, quelques minutes plus tard, le petit carnassier réveillé par la fraicheur de l'onde, se raidit et se débattit comme un damné pour échapper à la défunte cigogne à demi rôtie qui n'allait pas tarder à couler.
Il gagna la berge de fort méchante humeur et s'échina sur le rouleau métallique jusqu'à en faire choir le parchemin.
La page roula sur l'herbe et tomba dans l'eau boueuse où elle s'enfonça lentement pour rejoindre l'échassier balistique, condamnée à n'être jamais lue, mis à part une libélule qui n'y comprit goutte.



Citation :
Si par quelque hasard, il se trouve une créature douée d'esprit pour recevoir ce message terrestre au détour d'un cratère, à l'ombre d'une montagne ou au bord d'une mer, veuillez accuser cette hydrique missive.

Aux habitants lointains de l'astre lunaire, salut !

L'Hydre recrute et il n'est de lieu à négliger pour trouver des esprits bien trempés et des talents inconnus.
A qui veut l'entendre, on clame et l'on rabâche ici-bas sur la Terre que votre monde est lieu de villégiature pour nos méchantes gens et qu'il faut nous défier d'actes codifiés qui nous conduiraient à vous visiter pour les y rejoindre.
Je dis moi que c'est bien injuste de vouloir décourager ainsi par de telles sornettes les bonnes volontés qui auraient gout à l'aventure lunaire et que ces fables portent préjudices à l'établissement des relations réciproquement distrayantes entre nos deux sphères.
Nous, cavaliers de l'Hydre, sommes de farouches défenseurs de la liberté de circuler et de ce fait, pensons qu'il serait inique que vous n'ayez le loisir de venir librement vous promener ici-bas.

Aussi nous vous convions en qualité de receleurs in-avertis des âmes illusoires de nos plus turbulents semblables à descendre ici-même pour une grande rencontre, une fête hydrique sans manière, mais une représentation mémorable où vous présenterez peut-être quelques spécialités locales que vous auriez à cœur de nous faire connaitre.

Au nom du cirque de l'Hydre, je vous adresse donc cette invitation à venir assister à l'un de nos prochains spectacles qui se tiendront, - mais rien n'est écrit - ici, là, là et là... à date aléatoire et pas forcément dans cet ordre....

Si vous avez quelque tour pendable ou extraordinaire dans votre lunaire besace, nous offrons gîte et couvert à tout artiste sous condition de nous suivre durant votre séjour au détour des chemins.
Vous devrez bien entendu déménager et abandonner vos demeures et vos habitudes de Gadjé.
Venez donc voir comme votre lune est belle vue d'en dessous!

Vous nous trouverez facilement :
les feux de nos campements qui jouxtent nos roulottes forment des réseaux circulaires aisément visibles du ciel.

Au besoin, nous assurons votre retour express dans le respect le plus strict des superstitions terriennes dominantes.

Pour l'hydre,
terrestrement, Fernand



Plus tard dans la nuit, Fernand assis près du feu demanda à l'aveugle...
- La cigogne, elle n'a pas vraiment atteint la Lune, n'est-ce pas?
- Ptiiiouu! Le vieux se contenta de cracher dans le feu.
- Je m'y attendais un peu...
Le dodécalogue leva un doigt sec vers l'obscurité du ciel
- L'essentiel est parti bien plus loin, dans les nuées et a atteint son but....
- Ah?.... et mon furgolin, il va revenir?
- Ptiouuu!


[si d'aventure un esprit désœuvré souhaite répondre, il va de soi que l'encre mettra un moment avant de disparaitre au contact de l'eau et que nul ne sait jusqu'où le courant ou le sort portera la bafouille...
Ayez juste soin de la perdre à nouveau pour que d'autres puissent la trouver]


Dernière édition par Fernand le Lun 20 Sep - 9:24, édité 1 fois
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Fernand
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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Mer 14 Avr - 20:33

--Ny.x a écrit:





Là.

Omnisciente.
Omniprésente.


Depuis l’aube des temps et jusqu’à la fin des mondes.
Immatérialité splendide dominant les astres et l’espace, imperturbable égérie de la cosmogonie, elle observe, décortique les âmes, cherchant celles susceptibles de convenir à son humeur, loin des clabauderies incessantes qui remontent, écorchant le tissu fragile des cieux.

Le temps d’une goutte d’eau dans la grande clepsydre de l’éternité, sagacité se pose sur un étrange volatile, dont le vol atteint une hauteur inégalée pour le commun des oiseaux.
Curiosité nouvelle, distrayante pour le moins. A quel genre appartient donc ce curieux croupion fumé qui bien vite après avoir caressé le toit de son monde retombe tel un ange aux ailes coupées.
Intrigué, le regard se fait plus perspicace, se désintéressant bien vite du déplumé messager pour se centrer sur le message.

Le verbe est joliment tracé, prolixe sans redondance ni verbiage pédantesque… Lecture agréable d’un Enfant en quête d’universalité, jouant de la parabole avec talent. Invitation au bal, jeu de capes et d’épées, de danses effrénées par delà les feux oscillants, promesse non révélée de cavalcades insensées… Serviteurs d’une légendaire dont ils ne font qu’effleurer l’essence, tant sa parfaite noirceur leur échappe.

Et pourtant, le crédule cherchera là où nulle âme ne se cache. Symbolique du sublime, comme un appel au secours dont l’écho retentirait au travers du chaos.

Sélène et Hélios toujours se jouent des âmes égarées, poursuivant leur course céleste pour mieux les perdre.
Pour mieux les attirer dans la splendeur du néant…

Pour mieux les mener…


A Elle.
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Fernand
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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Sam 18 Sep - 4:00

Nous y sommes!!!!
rugit Fernand en se levant les bras. Le solide gaillard émergea du brouillard et s'arrêta au bord du gouffre, y plongeant son regard d'un air de défi.
Cliquetant et brinqueballant, sous un monceau de matériel hétéroclite, le sergent La Fouine apparut haletant et rouge comme une écrevisse bouillie. Il se laissa tomber à genoux et se débarrassa de son fardeau.
Ses vertèbres craquèrent lorsqu'il se redressa pour prendre une grande inspiration, il aspira une grande bouffée de soufre et se plia derechef en deux, victime d'une implacable quinte de toux.


- Rhhaaaa, cessez de geindre La fouine, et dîtes-vous qu'on aurait pu monter la bombarde jusqu'ici.

- Faut qu' j' vous dise patron,
marmonna La Fouine lorsqu'il eut fini de tousser et d'essuyer la bave sur son menton...
vous êtes complètement con....

- Vos compliments me touchent La Fouine, faîtes-moi pensez à vous augmenter.
- Mais.... vous n' m'avez jamais payé!!!
- Ne soyez pas mesquin, La Fouine, allons!
- N'empêche que je serais en droit de....
- Je sais parfaitement tout ce que vous volez dans la cambuse, Sergent. Nos opérations militaires suffisent à peine à combler vos ponctions quotidiennes dans le trésor de l'Hydre.

Fernand se tourna, se pencha sur la crête oblique jusqu'à poser son avant bras sur le genou et ses yeux se rétrécirent dangereusement lorsqu'il ajouta en fixant le sergent :
- Et surtout je sais exactement combien de bouteilles de spéciale et de brutale vous avez fauché dans ma réserve depuis que vous êtes à mon service....

La Fouine se recroquevilla et se recula comme s'il voulait se cacher dans une fumerole de soufre, puis décida qu'il était plus facile de faire semblant d'admirer le fond du cratère.

Déjà distrait, Fernand sortit un trépied et installa une grande longe qui pendait jusqu'au sol. Il sortit son carnet et commença à faire des calculs.
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Fernand
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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Lun 20 Sep - 9:18

La Fouine toussait et fronçait les narines et lorsque ses yeux pourtant insensibles aux sentiments comme aux oignons lui laissaient un répit, il contemplait avec effroi le cratère du volcan.

- Mais c'est du délire votre histoire, rendez-vous compte que vous nous avez fait venir jusqu'ici en Italie pour trouver des armées qui n'existent pas! comment voulez-vous que quelqu'un puisse survivre la-dedans....

- Aucune idée, La fouine, mais j'ai trouvé des vieux textes dans les affaires du vieux. C'était estampillé de la mention "J.O.K.E.S"!
- ça veut dire quoi?
- je ne sais pas, mais ça doit surement être très important.
- Et ça dit quoi ?


Fernand sortit un bout de parchemin froissé qu'il commença à parcourir...

- Que d'après certaines variantes mythologiques, Vénus "fille de Jupiter" épousa Atlas "roi des Atlantes" pour donner naissance à Prométhée et que...
- Hein? mais c'est n'importe quoi vos sources, voyons, Vénus est la fille d'Ouranos dont Cronos trancha le chibre et de la Mer ... et Prométhée est un Titan, pas un dieu, c'est le fils de Japet et de Thémis et Atlas est son frère et non le Roi de je ne sais qui!

Fernand, muet, fixa La fouine qui s'interrompit....

- Quoi....
- Je vous sais expert en malfaçons, contrefaçons, empoisonnements, traitrises, chausse-trappes, escroqueries en tous genres, mais depuis quand êtes-vous instruit d'autre chose que de vos vilénies coutumières?
- C'est que.. ça date, mais je crois me souvenir que gamin, j'ai eu un précepteur, une espèce de vicelard qui .... d'ailleurs, selon une variante, Prométhée naît de Héra violée par le Géant Eurymédon...
- votre préférée, je suppose???? Bon qu'importe, allez-vous me laisser finir à la fin!!!!?
- ....
- Donc, d'après le texte, ce Prométhée aurait eut comme nom de scène Lucifer "le porteur de lumière". il aurait refusé de se mettre au service des hommes, et serait entré en rébellion. Il aurait alors essayé de dominer toutes les nations du coin.
Mais pour une raison ou pour une autre, ça n'a pas marché et ils en ont pris une sévère.
Après la guerre Lucifer et ses potes auraient été chassés dans les entrailles de la Terre.

Fernand pointa le goufre titanesque et béant sous ses pieds d'un doigt impérial.

- Juste là!!! Avouez que pour des entrailles, on ne peut guère faire mieux!
- Si vous me laissez chercher cinq minutes, je crois pouvoir.....
- Taratata! Suit un passage auquel je ne comprends pas grand chose, mais j'ai l'intuition voyez-vous, La Fouine que notre prochaine expédition devra s'efforcer de trouver des norvégiens...
Ecoutez plutôt :

" Cette mythologie ajoute un niveau de complexité à l'équation: Les Bons versus les Méchants. L'hypothèse Grand blond = bon et p'tits-gris égale méchant ne tient plus la route. Parce que désormais il y a de bons Grands Blonds et des mauvais. De même il y a des p'tits-gris qui n'ont pas le regard si mauvais que les autres. Pas facile de s'y retrouver!

*Les Grands Blonds Vénusiens nous ressemblent physiquement et ils ont des petits cousins au centre de la Terre.
*Lucifer et son gang sont des Grands Blonds qui ont mal tournés (déchus).
*Lucifer est le patron et vit dans le monde souterrain de la Terre creuse.
*Les Grands blonds rebelles sont prisonniers à l'intérieur de la Terre. Le plus loin qu'ils peuvent aller serait la Lune.
*La Lune serait considérée comme territoire neutre et les installations qui s'y trouvent sont presque toutes sur la face cachée de la Lune."

- Vous voyez, La Fouine? c'est pour ça qu'ils n'ont pas eu mon message!!!!
- ....
- Et écoutez-ça! ...."Elles servent, entre autre, de lieu de rencontres entre Grands Blonds Vénusiens et Grands Blonds rebelles.
*Les Grands Blonds rebelles sont obligés d'apprendre à devenir des êtres de services malgré eux, s'ils veulent accéder aux plans cosmiques des Mondes Habités .... suit un passage inintelligible....puis :
Pour ce qui est des ptits-gris, ..."

et c'est tout. le texte s'arrête là ... y a une grosse tache de vin qui a effacé le reste....

- Et vous comptez faire quoi avec ça?
- Avec ça? ohhh rien...
Fernand jeta le parchemin dans le gouffre et celui-ci s'enflamma sur le sol brulant trente pieds plus bas.
Puis il se dirigea d'un pas vif vers les caisses....

- mais avec ça!!!! c'est autre chose!!!
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Fernand
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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Mar 26 Oct - 3:21

Cavaler dans la pierre ponce, pourrait paraitre difficile au premier abord, mais ça peut devenir aussi facile que respirer quand votre vie en dépend.
Des plaques de lave pâteuse s'écrasaient autour d'eux comme de grosses bouses pyrotechniques.
Même sans le regarder vraiment, trop occupé qu'il était à enjamber des blocs et à éviter des chutes de basalte sirupeux, La Fouine tout en courant comme un pantin désarticulé, mu par une énergie faite de tension accumulée et d'effroi animal parvenait tout de même à lancer des regards de biais à Fernand....de temps en temps.... Des regards lourds de reproche....
L'autre regardait droit devant lui tout en lui disputant un record de saut d'obstacles mais l'on sentait exsuder en lui une rancœur analogue...

L'explosion cataclysmique dans leur dos semblait vouloir dire avec ses mots à elle que tout ne s'était pas passé exactement comme prèvu.
Le bouchon qui obstruait le cratère avait été pulvérisé avec plusieurs mètres de la colline. Colline qui présentement partait à l'assaut des cieux au cœur d'un nuage titanesque. L'impression de ralenti était rendue trompeuse par la distance à laquelle s'élevait le panache colossal.

Mais revenons un peu en arrière..... le soleil file donc vers l'Est d'un ou deux crans avec un bruit de glouglou parfaitement immonde et après un travelling d'occasion acheté aux puces , nous revoilà sur place.


Fernand balayait d'un geste les dernières objections du sergent et lui expliquait avec une patience toute relative :
- Et donc, tout ce que nous avons à faire c'est d'ouvrir ce passage pour voir si on peut y descendre ou bien s'ils peuvent en sortir. Rien de bien sorcier!
- Y descendre, ça l'air faisable, il suffit de sauter dans un des ces trous qui fument . Allez-y je vous attends ici!
- Tss! Tss! Sergent! ne faites pas le pleutre!
- Bien, assez reposés, vous allez porter ces caisses là-bas, près du bord là ou c'est un peu zébré de rouge.
- Mais enfin, le sol est bouillant, là-bas, je ne suis même pas sur que ça supporte mon poids!
- Allons, allons, couvrez vous les petons avec ces chiffons humides que voila et tout ira très bien!
- Qu'est-ce qu'il y a dans ces caisses? Des outils?
- Oui en quelque sorte, un peu comme un levier, dirons-nous....


Dernière édition par Fernand le Mar 10 Mai - 1:44, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Mer 3 Nov - 22:14

Une momie un peu fumante s'avançait en titubant vers la bouche infernale, grognant des mots incompréhensibles où l'on devinait sans peine quelque malédiction récursive et multi-générationnelle. Ce n'était encore que le début de l'après-midi mais le volcan avait charrié ce jour-là plus de lave que d'habitude et aussi une quantité de fumée singulière qui assombrissait le ciel.
Des reflets jaunes émanant des crevasses tout autour éclairaient la silhouette avec un angle inquiétant....

Vous savez, comme quand on veut effrayer les enfants en faisant une grimace horrible avec une lampe de poche juste en dessous du menton... sauf qu'à cette époque, c'était bien plus terrifiant : on y ajoutait un hurlement de douleur très convainquant parce qu'on utilisait des bougies et que ça brûle.....

Seuls les yeux de la créature étaient visibles et la colère qui les faisait luire ajoutait une touche de circonstance au tableau bucolique.

Il y avait beaucoup de tissu et il s'était dit que les pieds ne suffiraient peut-être pas.... C'était le sergent La Fouine chancelant et transpirant tout enveloppé de tissus humides découpés en bandelettes bariolées qui auraient fait vomir même un exposant du festival annuel de patchwork du Val d'Argent. On comprendra que les flammes et même la chaleur se tenaient à distance....
Il avait protesté lorsque Fernand l'avait arrosé d'eau pour le rafraichir et si il avait effectivement échappé à l'embrasement spontané pendant la majeure partie du travail, il commençait maintenant à cuire à la vapeur comme un poisson emmailloté.
Il maudissait donc son chargement et son employeur indélicat tout en s'appliquant à ne faire aucun faux mouvement.

Il déposa avec précaution la dernière caisse juste au bord et revint en sautillant car des flammes commençaient à monter de ses bandelette de pieds. Comprenant qu'il ne pourrait atteindre le bord du cratère sain et sauf, il jeta un regard désespéré vers Fernand.
Celui-ci hurlait et faisait de grands gestes vulgaires...

Il trouve encore le moyen de m'engueuler..... pensa-t-il, d'abord.... mais il finit par comprendre que l'autre lui mimait quelque chose....
La Fouine ferma les yeux un instant en comprenant les instructions, enregistra mentalement une autre série de malédictions puis obtempéra.
Écartant les bandelettes sous sa ceinture, il trifouilla dans ses braies pour libérer sa lance à incendie personnelle et se pissa sur les pieds.
Ceux-ci se remirent à fumer et à évacuer la chaleur avec une odeur d'ammoniac.
Sans attendre, il se remit à courir comme un dératé tout en se rhabillant maladroitement.
Enfin, il vint s'écrouler, exténué, à l'abri sur de la roche officiellement solide et tiède où Fernand l'attendait pour lui jeter un seau d'eau supplémentaire.


- Bravo Sergent! Du bon travail assurément! Ouuh lààà dîtes, vous sentez des pieds....
- Arggghhhhhh.....
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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Mer 3 Nov - 23:57

Quand il eut enfin réussi à se débarrasser de ses bandelettes parfumées à l'urine, il reprit son souffle et demanda :

- Et maintenant ? Vous allez enfin me dire ce qu'il y a dans ces caisses?
- Oui, bien sur! Je ne voulais pas vous le dire avant pour ne pas vous déconcentrer. C'est de la Foreuse.
- Quoi?!
- Il faut bien creuser un trou et avouez que nous n'avons pas mieux !

- Et vous m'avez fait transporter ça sur mon dos? avec toutes ces corniches? ces chemins glissants? Ca va surement sauter d'un instant à l'autre, il ne faut pas rester ici.
- Oui, nous allons nous éloigner d'une centaine de pas pour éviter de recevoir des éclats.
- Avec treize caisses? Mieux vaudrait deux centaines plus une douzaine de marge.
- .... Comment ça treize caisses? Il doit y avoir douze caisses de six fioles, ni plus ni moins!
- Oui enfin onze de six et deux petites caisses de trois.... mettons que ça fasse douze alors, cent pas, ça me parait un peu lég...
- De quelle couleur le sceau des petites caisses? demanda Fernand d'une voix blanche...
- Rouge, je ne sais pas.... rouge foncé, peut-être....
- ou noir peut-être....?
- peut-être... maintenant que vous le dîtes...
- Je me disais aussi....
- Ah bon?
- Je ne fais pas de foreuse en caisse de trois La Fouine.
- Ah oui? Alors on fait quoi?
- Alors on court, je vous tuerai plus tard...

- Comme vous y allez! alors que je viens de risquer ma vie et ...
- Et la mienne avec! Vous avez décalé les caisses pour dissimuler votre dernier larcin! C'est de la pure qu'il y a ces deux petites caisses!

- Alors on court donc...

A ce stade, il faut savoir de quoi nous parlons. Il est dans les montagnes helvètes un alcool connu dans les alpages que l'on nomme alcool de cailloux. Comme dirait l'autre, faut bien admettre que ce s'rait plutôt une boisson d'homme... Bien sur, je vous vois venir, vous vous gaussez, prêts à brandir votre gnole régionale, le poil frémissant, la truffe humide pour la comparer à ... à quoi?
Certains ont longuement étudié la distillation de cette liqueur. Fernand a passé de longues nuits blanches à perfectionner et à concentrer cette gnôle qui est devenue avec le temps et par ses usages variés un soutien de poids dans leurs actions violentes. C'est sans conteste un véritable secret militaire.
Fernand transportait toujours dans sa roulotte son précieux matériel. Dés qu'il en avait l'occasion, il travaillait à améliorer la concentration du produit.
Le nez collé à la sortie du tube, ce qui suffit pour être ivre, il regardait toujours avec émotion la première goutte de sa sainte huile suivie bientôt de quelques autres qui venaient s'écouler langoureusement sur le cône inversé en verre dépoli affleurant la sortie du tube et limitant ainsi les risques d'explosion spontanée.

Il avait du faire appel à un artisan verrier qui gâchait son talent dans le vitrail religieux pour concevoir la dernière partie de cet alambic. Une impressionnante installation issue des techniques expérimentales des parfumeurs et des artificiers. Des méandres de cuivre et de verre soufflé en boules, tortillons, torsades, spirales glougloutantes.
La dernière distillation se faisait sur un circuit complètement en verre car elle était fatale aux tuyaux de cuivre et le gout s'en ressentait... sans parler de la couleur bleue...

Évidemment au départ, la base, c'est de la pomme, ou de la prune, ou bien du raisin. On met de l'orge aussi ou de l'épeautre. Cela n'a pas beaucoup d'importance au final, car une fois qu'on a terminé le mélange préliminaire, il est bien difficile de se rappeler ce que l'on a mis dedans. Spécialement si l'on a gouté de temps en temps.

Après avoir cohobé séparément chaque fruit ou céréale, en prenant soin de ne retirer que la partie la plus toxique des esters - car il ne faudrait tout de même pas que ça soit bon pour la santé - on réservait les quelques gouttes d'essences volatiles dans des alambics secondaires et l'on poursuivait l'opération. Il fallait distiller trois fois le mélange avant d'y dissoudre les cailloux alpins. Fernand n'avait pas pu déterminer la composition de ces "cailloux" : Crotte de chamois fossilisée, boulette de bitume pétrifiée? Le vieux qui les vendait prétendait que c'était des yeux de gargouilles... mais Fernand avait des doutes à ce sujet, n'ayant jamais aperçu de gargouille énuclées trôner sur les contreforts d'une bondieuserie aristotélicienne.
A ce stade de la distillation, toute l'eau disparaissait ainsi qu'une partie de l'alcool, pour ne laisser qu'une substance qui était.... autre chose....
La manipulation extrêmement délicate manquait de virer à l'explosion surtout au moment du dernier chauffage.
Les essences de fruits mises de côté étaient refroidies avec de l'eau glacée puis ajoutées par un petit tuyau qui serpentait jusqu'à l'embouchure de la torsade de refroidissement. Une merveille de soufflage du verre! C'était ce filet liquide pur et fruité qui captait la dernière condensation.

En fonction du degré de chauffage de la dernière cuvée et du débit d'essence de fruit, on obtenait différentes concentrations.
La Spéciale, la Brutale, la Percutante, la Tabula Rasa, la Foreuse... et la Pure autrement nommée l'eau du Styx, parce que personne n'en boit deux fois et pas même une fois. Pour tout dire, personne n'en avait jamais bu. Il conservait cette dernière dans des bouteilles faites d'une céramique extrêmement résistante qu'un marchand lui réservait à chaque passage à Genève.

Si la spéciale s'avérait déjà toxique et pouvait faire des trous dans le bois d'une table, les autres crus additionnaient des particularités variables voire stupéfiantes et généralement proches du contexte pyrotechnique.















Ils avaient parcouru un peu moins de trois cent pas lorsque le grondement permanent du volcan laissa place à un silence vicieux. C'est en effet à cet instant que le bord fragile sur lequel reposaient les caisses se tordit sous la chaleur et tomba dans une des bouches avides de l'Enfer...
Après un spasme sans appel, la montagne décida de vomir et d'éternuer simultanément dans un bruit blanc . On pourrait dire aussi qu'elle essaya d'exploser et de se retourner en même temps; ce qui, dans le paléo-monde des cailloux de grosse taille est généralement considéré comme le comble du vulgaire.
Les montagnes environnantes se couvrirent le flanc d'un pudique voile de brume et s'efforcèrent de regarder ailleurs avec un air gêné ce qui provoqua quelques éboulements .... Le pic voisin sembla même lui tendre un nuage avec un air dégouté.





Dernière édition par Fernand le Ven 31 Aoû - 1:15, édité 1 fois
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Fernand
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MessageSujet: Impasse de l'Hydre (gargote Provençale)   Jeu 6 Jan - 5:17

Quelque part sur la grande bleue, un peu plus tard.....

Fernand
enveloppé dans la grande voile qu'il transportait depuis des lieues se
tenait prés de la proue. Il humait l'air du large avec enthousiasme.

Ahhhhh! La fouine!!! vous sentez, ça??? le grand air? les embruns, les algues!
Le Kraken gitait sec et dans un retour de vent, le son d'un franc vidage de boyau se fit entendre à l'arrière.
- Ça sent la mort, je vous le dis! On va s'poiler!
- Ça sent la gerbe, surtout, je trouve....
Derrière
eux, un mousse glissa dans une mare de vomi, poussa un cri, tenta de
reprendre son équilibre et passa en chandelle par dessus bord.
Les
deux hommes se tournèrent pour contempler la scène avec indifférence,
puis Fernand reporta son attention sur l'Horizon en haussant les
épaules.

- Vraiment? Moi qui ai cru que c'était le plat du soir qui mijotait...
Bon, La Fouine, c'est pas tout ça... mais il va falloir reprendre les choses sérieuses...
Après le fiasco de la montagne, il nous faut absolument mener notre expérience à bien.
- Ah, mais c'est pas vrai, vous allez pas recommencer??!
- Tss! Tss! Sergent, ne soyez pas défaitiste!
- Tu parles, Charles! j'préfère encore me noyer tout de suite, ce sera plus simple!
- Ah, non, il faut d'abord qu'on descende la cloche!
- Quelle cloche?
Eh bien la cloche qui est à bord, pardi! Celle que nous avons modifiée.
- Vous avez embarqué la cloche? mais pour quoi faire?
Fernand lui tapa dans le dos.
- Vous allez voir La Fouine! C'est une cloche magnifique! Ma-gni-fique!!!







La ruelle puante finissait en cul de sac. Où plutôt elle aurait bien continué de l'autre côté de la ville, mais elle était obstruée en son milieu approximatif par un tas d'artefacts provenant du quartier des tavernes. Tonneaux vides ou brisés, tessons de chopes et de vaisselle malmenée, parpaings, meubles en pièce, formaient une sorte de tour sombre et menaçante....
S'y sentant tout à fait à l'aise, Fernand tenait là une permanence épisodique. Assis sur un tonneau, les coudes posés sur une table de fortune, il étudiait les rapports lui venant d'un peu partout et recevait les égarés que les zigzags et les turpitudes de la vie avaient envoyés à grands coups de pompes dans le derrière gouter du menton la boue des arrière-cours.
Avec quelques rats pour toute compagnie si l'on faisait abstraction du sergent La Fouine qui s'agitait en tous sens comme un brouillard de non-existence et du vieux qui passait son temps immobile comme une pierre dans un renfoncement de planches pourries, Fernand avait en général une paix royale.

La Lune et Mercure s'étant révélées désertes ou tout comme au terme de leurs explorations hydriques, Fernand et La Fouine ( surtout le premier , le second essayant plutôt de dissuader l'autre de poursuivre ses idées fantasques et déraisonnables et ainsi de prolonger ses chances de survie dans un monde hostile), avaient conçu le farfelu projet d'aller titiller les alentours de Neptune.


- Le manuscrit est très clair sur ce point sergent ! Un petit barbare macédonien qui fit du rififi en Orient semble avoir utilisé le procédé!
Aristote Lui-même lui aurait soufflé l'idée.


- Raison de plus pour se méfier.... M'sieur Fernand, C'est louche cette histoire de cloche.... C'est pas pour rien qu'on en trouve dans toutes les bondieuseries.... et c'est pour ça que... ah... voici les trois personnes dont je vous ai parlé.

A cet instant, la paix s'absenta momentanément pour aller boire une chopine....


Dernière édition par Fernand le Ven 31 Aoû - 1:23, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Jeu 6 Jan - 5:19

Trois ombres avaient remonté la rue avec une contenance étudiée pour imposer le respect tout en dissimulant leur inquiétude. On voyait à leur démarche qu'ils serraient les fesses en s'arrêtant à cinq pas de la table.

la main sous le menton, une expression désapprobatrice sur le visage, Fernand les observa avec morgue....


- Je suis Fernand, dit-il sèchement. Lui c'est La Fouine. Alors, comme ça vous voulez voyager????
Le grand maigre qui sentait l'huile d'olive s'avança et fit un geste nerveux.
- Tout juste mon gars ! Et tu vois, nous, on est pas des rigolos. On est les terribles fléaux de Toulon!
- Je vois ça.. vous faites peur à voir...
- Ouai! ...euh... merchiiiii.....
- Il se fout de ta gueule, en fait....
- La ferme, le bleu!!! c'est moi que c'est l'chef de not' bande!


Fernand jeta un oeil inquisiteur sur le petit gros qui avait parlé puis reporta son attention sur le grand maigre.
- Alors.. dîtes-moi, mon ami, Vous êtes orphelin?
- Comment vous l' savez!!?
- Une intuition... laissez-moi deviner.... des loups?
- Nan, m'sieur, des bandits. Ils sont venus....
-.... dans votre village et vous avez fui le visage plein de larmes au coeur de l'hiver, laissant derrière vous ruines et cendres. Un jour, vous retrouverez les assassins mais pour l'instant, vous filez le parfait amour avec la soeur de la petite blondasse que vous avez levé en taverne. J'ai bon?
- Ça alors... vous connaissez Natascha?
- presque.... Eh bien merci, On vous écrira, vous pouvez partir.
- D'accord! alors à bientôt!
- Il veut dire que tu peux aller te f...
- La ferme, p'tit con! Tu comprends rien aux affaires d'hommes!

L'homme se retourna pour partir... s'arrêta, et revint en arrière.
- Euh, vous voulez pas mon nom?
Fernand lui fit un grand sourire pointa un doigt en avant et lui fit un clin d'oeil appuyé:
- Vous voyez bien que je suis devin, inutile de me le donner, je ... saurai! ... où vous trouver.
Une expression complice envahit la figure du grand maigre....
- ahhh, oui, d'accord, v'nez les gars on part. Il nous écrira.
- Non, juste vous. je dois encore m'entretenir avec vos deux collègues.

Le chef de la bande voulut protester, mais La Fouine l'entraina sans brutalité, mais avec fermeté vers le bout de la ruelle.
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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Ven 7 Jan - 3:49

L'impasse évoquait le verso d'un décor en carton- pâte. Tout y était gris et terne, les murs dépourvus d'ornements, les portes donnant sur les tavernes étaient souillées. Ce n'était pas réellement une impasse, car des venelles discrètes et d'autres ouvertures donnaient sur les rues plus animées de la ville. Elle n'était pas véritablement déserte non plus.
Par moment, l'une ou l'autre porte s'ouvrait et par un filet de lumière criarde, jaillissait un homme ou une femme qui le plus souvent jetait un œil hagard dans la grisaille avant de retourner précipitamment à l'intérieur.

Le postulant suivant était un jeune homme à l'allure étudiée qui se passait constamment la main dans les cheveux bien qu'il n'y eut pas de vent dans la ruelle.... ce qui était d'ailleurs assez regrettable.
Il ne cessait de bouger et de prendre des poses avantageuses comme si il paradait sur une avenue pleine du gratin mondin.

Les rats avaient cessé de couiner et un silence épais régnait soudain dans l'impasse ordurière.
Abasourdis, Fernand et La fouine se regardèrent un instant, puis Fernand commença l'entretien tandis que les rongeurs se querellaient sous la table et entreprenaient de se sauter à la gorge.


- Pas mal votre chapeau, ça vient d'où? c'est la première fois que j'en vois un comme ça.....
- Vous aimez? C'est la dernière mode hivernale! N'est-il pas splendide?
dit le bellâtre en tripotant son ponpon blanc....
Quel dommage qu'ils soient tous rouges, j'en voulais un beige, Les filles disent que la couleur me va mieux au teint et ...
- Naturellement!
l'interrompit Fernand en posant sur la table une main un peu trop ferme.
- Alors pouvez-vous me dire ce qui vous a amené à vouloir nous rencontrer?
- Eh bien j'aime assez le nom, et il parait que vous êtes riches et moi, je n'aime pas trop fréquenter les pau...
- Merci... Sergent, raccompagnez cette ... personne....


La Fouine choisit d'improviser. Il retourna sa hallebarde et se servit du manche pour rosser l'homme avant de le pousser dehors, groggy et chancelant.

Fernand se tourna vers le petit gros.
- Bien... à nous, maintenant...
Je vois ici que vous élevez des cochons.... ça vous plait?
- Nan, m'sieur, les cochons, ça pue....
- Vous avez déjà été en prison?
- Juste une fois quand j'étais novice, j'avais acheté du bois pour me chauffer et une peau pour m'habiller... J'ai pris trois jours de cellules parce que je n'étais ni tisserand, ni charpentier....
- Comme c'est cocasse.....
- C'est surtout très con....
- Comme tant de choses dans ce monde étrange.... êtes vous marié?
- non.
- des jumeaux?
- pas que je sache.
- Un animal de compagnie? un chaton? Un lapin blanc? Un loup dressé?
- J'ai des cochons ; ils sont d'assez bonne compagnie par rapport à pas mal de gens que je connais....

Fernand biffait au fur et à mesure sur son parchemin.
Un braillement inarticulé se fit entendre en provenance du tas de planche.


- Je suis assez d'accord,
répondit Fernand.
- Ouai, Faut voir...
dit La Fouine.
Fernand prit une feuille, y griffonna quelque chose, la roula et la tendit au petit gros.


- Brulez votre maison, lâchez vos cochons dans la ville.
Emportez le minimum et prenez la route dés ce soir.
- C'est que je pourrais peut-être vendre mon champ...
- Oui, mais ça ne serait pas drôle....
- Où dois-je aller?
- Marchez au hasard jusqu'à ce que vous croisiez un cavalier de l'Hydre.
- Et Comment je les trouve? Ça pourrait durer des semaines....
- Il y en a partout. Ils vous trouveront.
- Et comment vais-je vivre?
- La vraie question est plutôt comment allez-vous mourir.
dit La Fouine.
- Ne vous inquiétez plus pour ça; vous ne manquerez de rien.
Voici un peu d'or, prenez cette épée là dans la caisse, Le sergent vous donnera du pain pour une semaine. Trouvez le campement le plus proche et présentez-vous à la poterne.
- Je peux dire que je viens de votre part?
- Certainement pas.
- Bon... d'accord, mais.. ensuite, on va faire quoi au juste?

Fernand se leva, passa devant la table, tapa dans le dos du gaillard et regarda dans le lointain..

- Eh bien, on va tout péter mon ami, on va tout péter....
- ça me plait bien.. j' peux vous appeler patron?
- Nan...
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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Lun 10 Jan - 1:26

Trois des rats qui avaient survécu à la rixe sous la table étaient maintenant en train de boulotter les victimes. Deux autres copulaient frénétiquement. Ainsi s'écrit l'Histoire.
Restés seuls ou du moins à peu près et sifflant un verre de brutale, Fernand et le sergent La Fouine devisaient à voix basse.


- D'abord, il nous faut une autre cloche. Nous avons laissée la précédente à Gênes et on ne peut pas retourner la chercher.
Elle doit être de bonne taille si nous voulons y tenir à l'aise... avec des poids disposés à la base pour éviter qu'elle ne bascule et nous prive d'air.

- Où voulez-vous qu'on trouve une cloche pareille?
- Il y en a une à l'église de Toulon. Il nous faudrait de la main d'œuvre capable et discrète pour aller la prélever, ainsi qu'un bon palan et une charrette solide. Débrouillez-vous pour nous trouver tout ça.
- Et ensuite? je demande gentiment au curé de nous la donner?
- En quelque sorte.... il n'est pas obligé d'être d'accord...
- Pourquoi est-ce que je vous écoute? C'est encore une histoire insensée!
- Parce que vous ne pouvez pas faire autrement, sans doute Allez donc prendre les mesures de notre futur véhicule, moi j'irai au port nous trouver un navire ....

- Je comprends rien à vos salades...

Le sergent se leva en grognant, alla chercher sa besace puis partit en direction du village.
Fernand s'attarda un peu, puis sortit un parchemin vierge et commença à écrire :
Citation :

Si par chance, il se trouve
un être pensant pour lire ces lignes , veuillez
accuser cette hydrique missive:


"Aux habitants des profondeurs aquatiques, des lacs des mers et des océans de la terre, salut !

......"
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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Ven 14 Jan - 3:31

La charrette grinçait de manière suspecte. Le sergent serrait les fesses en espérant qu'elle n'allait pas s'écrouler avant qu'il n'arrive derrière l'église.
L'homme qui la lui avait vendue était masqué et parlait d'une voix contrefaite avec la main devant la bouche, prétendant couver un début de peste noire et ne pas vouloir lui vendre ses miasmes sauf s'il insistait.
La Fouine n'avait jamais été très concerné par ce genre de désagrément et s'était contenté de décliner le supplément avec dédain.
Ces yeux..... En y repensant maintenant, l'Homme lui avait un air connu.... et la charrette sentait la viande avariée....
Ce n'est que plus tard qu'il fit le lien lorsqu'une petite saucisse ventrue roula entre ses bottes et passa par-dessus bord comme animée d'une vie propre ce qui techniquement était plus que plausible.

Il leva les yeux au ciel et murmura une malédiction argotique.

Fort heureusement, il était arrivé sans encombre et fit halte au pied du mur. Il sortit une bouteille, tenta d'en déchiffrer l'étiquette, renonça, puis après avoir fait sauter le bouchon d'un coup de dent revanchard, se mit à biberonner pour attendre.
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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Mar 18 Jan - 10:47

Fernand avait engagé cette jeune femme qui se disait grimpeuse expérimentée, malheureusement, ils s'étaient mal compris et une fois vidées ses bourses, la cloche se trouvait toujours à sa place....
Bon.... dit-il tout bas..... Il regarda en l'air, étudia la façade du clocher et secoua la tête.

- Pas moyen de faire autrement.... Quand il faut, il faut.... murmura-t-il en claquant de mains.
Puis il s'avança d'un pas raide et... entra dans l'église grande ouverte......

A l'intérieur, il n'y avait personne. Il gagna en hâte la petite porte dérobée qui n'était close que par une ferveur des plus ténues.
Il monta avec son attirail sur l'épaule. Il compta un peu moins d'une centaine de marche jusqu'au beffroi. Il entra dans la chambre des cloches et poussa un grognement de dépit. La bête était plus petite qu'il ne l'escomptait.
Sans perdre de temps, il installa le palan et le fixa à la charpente. Il démonta méthodiquement les abat-sons puis défit le montant de bronze qui tenait l'ouvrage dans le beffroi.

Le palan protesta en grinçant lorsqu'il prit possession de l'effort. Fernand poussa et fit basculer la cloche au dessus du vide.
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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Jeu 10 Fév - 4:58

- crouiiicrouiiiicrouiiicrrouiiii, pleurait la poulie soumise à la torture...
Et la cloche au martyr rappait contre le mur ocre et promettait de jouer le tocsin à l'octave supérieure si l'on mettait fin à son supplice.
Fernand, imperturbable comme une porte de geôle rouillée, actionnait le palan en grognant comme un bœuf.

En dessous La fouine attendait de réceptionner le colis.
Sur la place de l'église, les passants passaient sans s'étonner de rien au point que c'en était consternant.

Ce qui s'en suivit fut d'une banalité insultante. La corde ne se rompit pas, le palan tint bon, les mains moites de Fernand ne lâchèrent pas prise, La cloche n'écrasa pas sous elle la charrette branlante acquise à peu de frais pour la recevoir.
Elle fit un petit
clong! mou et sourd en touchant le lit de paille
posé sur le plateau.
Le sergent fouetta les deux vieilles carnes malades qui étaient attelées au véhicule en sursis qui avait des airs de bois de chauffage . La cloche s'éloigna dans la clarté du jour et disparut au coin de la rue en direction du port.

Fernand hésita à redescendre par l'escalier, mais ne put se résoudre à entrer une fois encore dans l'église. La dernière fois remontait à un temps lointain. Il se souvenait encore des éclats de voix lorsqu'ils avaient escamoté ce curé franc-comtois. Il revit la face blême et bovine de la fiancée, les bouche arrondies en orifice anal de gallinacées des convives outrés, le tapi, le tonneau, la course poursuite, l'incendie...


- C'était chouette.... marmonna-t-il...

Il se jeta dans le vide et se laissa glisser le long de la corde.
Il atterrit entre deux vieilles biques à peine plus engageantes que les mules de la charrette, interrompant leur promenade au soleil . Elles poussèrent un gloussement outragé et s'écartèrent avec dédain.


- Mes hommages, m'dames! dit Fernand en s'essuyant les mains sur sa chemise.
Puis il fourra ses mains dans les poches et s'éloigna en sifflant un air de gaudriole.
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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Ven 4 Mar - 3:48

--JohnTinic a écrit:
[rp]
Se promenant, il fit ripaille.

Et bombance autrefois en des temps écumés.

Sitôt qu'il eût acquis la pétale de rose, le garçon s'en fût sûr.
Et fier de conquête.

On n'en était pas là : Aristote pauve hêtre lorgnait en se charmant, par ailleurs peut-être.

Un ton dit en passant, comme esquisse bizarre : "Vous habitez le port ? Où juste vos parents ?"...

Les mécènes d'ici sont miséricordieux.

Or ne chipotons plus : John était amoureux.
[/rp]
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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Ven 4 Mar - 3:49

Quelque part à Toulon dans une impasse sombre, grise et poussiéreuse brillait une cloche dorée.
Dans un dais de paille, la tonnante, la sonnante œuvre de bronze reluisait de plus belle, astiquée avec application par le sergent La Fouine.
L'homme qui avait d'habitude en horreur tout activité laborieuse, se démenait comme un beau diable, avec la passion du brave sur la bedaine pansue de la cloche.
On avait enlevé à la pierre noire, les inscriptions religieuses et gravé à la place, des décors de serpents marins et de krakens monstrueux. Il y avait aussi des scènes évocatrices de naïades et de sirènes aux gestes et postures langoureuses sur lesquelles nous jetterons un voile sinon pudique, du moins réglementaire.
Quelques graffitis orduriers du sergent ornaient les zones restées vides.
Enfin, on y avait creusé deux trous parfaitement circulaires et aux bords évasés de la taille d'une tête.
Même L'aveugle était venu à tâtons mettre sa patte à l'ornement, traçant d'un geste sûr des lignes avec une pointe d'acier bleu.
Plusieurs cercles concentriques reliés par des lignes , des formules et des signes abscons, une vache stylisée, un majeur dressé et une recette de pâté aux herbes.
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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Ven 4 Mar - 4:20

Fernand dans un coin lisait les nouvelles venues du nord, hochait la tête par moment grommelait à d'autres.
Il prit un courrier froissé sur la pile, le lut, fronça les sourcils et écrivit :
Brûlez-tout.
En prit un autre : Messire Fernand, Soyez informé .... étudie actuellement.... quelques points à négocier.... Il jeta la feuille au loin.
A un autre il parapha en réponse :

Madame, j'ai eu grand plaisir moi aussi à vous croiser et à vous décroiser de même. La prochaine fois, amenez donc votre sœur ; plus on est de fous....
A un dernier, il répondit : Monsieur, inutile d'insister, je ne vous enverrai pas de rose et non, je ne veux pas vous épouser.
Puis il prit le paquet reçu le matin même de son verrier et se leva pour aller inspecter la cloche.
Il déballa le colis et en retira délicatement les gros disques de verre fondu.
Fixés dans les ouvertures avec du bitume, cerclés par deux anneaux de bronze et enfin rivetés avec des tiges de cuivre, les deux hublots donnèrent immédiatement à l'engin un profil inattendu qui inspira La Fouine.

Il fixa sur la base une série de fanions multicolores volés avec violence en réunion avec intention de donner la mort dans la rue voisine à un peintre décorateur qui dessinait des bannières. Fernand détestait les bannières. Il avait rossé ce bâtard à coup de manche et avait même abandonné l'ustensile en position verticale.


Très drôle.... marmonna le blaireau vouté et blasé.... Je suppose que vous voulez qu'on le baptise le " L'Encornet Toulonais?
Non m'sieur Fernand, pourquoi pas la Pieuvre?
Ma foi... ça ou autre chose.... ça fera plaisir aux copains....
J'vais chercher une bouteille de spéciale pour féter ça?
- D'accord, mais pour boire alors, on va pas jeter ça sur la cloche, ça oxyderait le métal.... Et en vitesse, les amis, Après, nous devons amener ce bazar au port et finir les derniers préparatifs. Il faut se dépêcher, le temps presse, mes calculs ne se trompent pas. Il nous reste peu de temps pour être au point de jonction.


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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Lun 7 Mar - 21:47

A moins de dix miles nautiques au Sud-Est de Toulon, Le relief sous-marin fait une sorte de plis disgracieux qui plonge vers des profondeurs respectables. Même si de nos jours, le fond au large de Toulon est d'une banalité absolument navrante, ce n'était pas tout à fait le cas à l'époque qui nous occupe. Le bateau loué pour l'occasion dépassa donc une presque-île au nom insignifiant et affala en un point précis indiqué par l'homme aux hachoirs.
Là!!! Nous y sommes!!!! Bougez plus!!!
Ça, c'est impossible monsieur Fernand!
Et pourquoi ça?
- A cause du vent, voyons, là où nous sommes voyez-vous, le fond est à plus de cinq cent brasses et on ne peut jeter d'ancre... enfin, sauf si on veut s'en débarrasser, notez-bien... eheheh....

Fernand fixa sur l'homme un regard de cendres....
- Et?
- Et donc, nous dérivons vers le nord...
- A quelle vitesse?
- Euh... environ un quart de nœud approximativement....
- Bien ! sortez les rames et poussez vers le sud d'un quart de nœud!
- Mais... c'est impossible!!!!
- ah oui????

Massant son œil poché, le capitaine donnait donc le rythme à la galère improvisée en phase de test.

La Fouine et Fernand avaient pris place dans la cloche. Par un hublot, ce dernier fit un signe au marin qui maniait le palan. Poing fermé pouce vers le bas.
pollice verso....
Le marin répondit par un geste plein d'humour : il lâcha la corde et leva les deux mains avec un grand sourire.... pas vu pas pris....
la corde fila comme l'éclair et les deux "poulponautes" les yeux écarquillés et l'estomac dans les amygdales eurent à peine le temps de gouter l'ironie de la situation.
La chute ne fut quasiment pas ralentie par le contact de l'eau.
La cloche fila vers le fond à un vitesse terrifiante.


- Non, mais vous avez vu leur tête à ces idiots?

Sur le pont l'équipage se bidonnait et se claquait cinq doigts, mimant les expressions des deux abrutis qui filaient à présent vers les fonds abyssaux pour y croiser la mort.


Le bleu s'était obscurci très vite et avait laissé place à une obscurité totale.
La cloche continuait à descendre.
La Fouine proposa d'allumer une bougie. Il l'avait volée dans l'église de Toulon.
Fernand menaça de le mettre dehors.
Le sergent bouda et regarda par le hublot. Un instant plus tard, il se recula frissonnant ayant aperçu de trop près la face d'une baudroie.

- Sergent!!! regardez en bas!!! nous arrivons! il y a de la lumière!
- J'ai bien vu une lumière mais elle avait des dents....

- Le royaume de Neptune, Sergent!!! nous y sommes! Nous y trouverons des cavaliers d'écumes! Des alliés! enfin! pas comme ces maudits italiens
- Puisqu'on en parle, votre lumière, là, ça ressemble un peu au cratère en Italie, non?
- Pas du tout, ça doit être un dôme qui abrite le palais! On descend droit dessus!
On va voir des sirènes, Sergent!! Vite, passez-moi la plaque de verre !
- Tenez... dîtes, il fait chaud non?
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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Lun 7 Mar - 21:59

Pendant ce temps, à la surface....

- Nous sommes riches les enfants! A nous le butin de l'Hydre.
- Finalement, ils ne sont pas si terribles, vous voyez? il suffit de bien lester le paquet!!!

- Marius, qu'est-ce que tu fais????? Mais arrête donc de ramer, triple andouille!!!!!
- J'arrêterai quand on aura coupé la corde...
- Pas question de couper! C'est l'occasion de mesurer le fond! On va attendre, y a pas beaucoup d'air dans leur engin.... Et puis c'est pas tous les jours qu'on trouve une corde aussi longue. Ils ont du la payer une vraie fortune... sans compter la cloche, on pourra la revendre au poids.... pour couler un canon. Tu vois Marius? C'est pour ça que tu rames : t'es vraiment un idiot... presque aussi idiot que ces deux là!

Qui plus est, les crétins présumés avaient laissé sur le pont une énorme caisse qui devait contenir un sacré butin, c'était couru. Ces nomades, ça se promène toujours avec tout leur or sur eux, c'est bien connu !
Ils en avaient confié la garde à un vieux débris que le souffle du vent semblait capable de briser en morceaux.
L'homme semblait sénile, et d'ailleurs il n'avait pas réagi lorsque ses amis avaient été largués dans les profondeurs.
Le second, bien en chair s'approcha avec une rétention de meurtre dans le sourire et apostropha le vieillard.


- Dis-donc l'ancêtre, tu permets qu'on prenne possession des nos nouvelles affaires? Toi, on va t'aider à aller prendre l'air près du bastingage. d'accord?

le vieux ne broncha pas. Ses yeux blanc contemplaient l'horizon.

Eh, mon gars, t'es sourd?

Un marin se pencha et lui passa la main devant le visage
.

- Bon sang, il y voit rien il est aveugle....
- tant mieux, ça sera plus facile pour le donner à manger aux sardines.. Ouvrez la caisse!!!!


Le vieux se mit à rire sans proférer le moindre son...Une partie de l'équipage commença à être mal à l'aise...

Capitaine! il est muet aussi!
Et qu'est-ce que vous voulez que ça me fasse? Ouvrez-moi ce foutu coffre au trésor géant!!!
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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Lun 7 Mar - 22:18

un peu plus bas.....

....non, plus bas! ... encore plus bas.... beaucoup plus bas
ahhhh, oui, juste ici, c'est là que ça gratte.....

La pression devenait considérable à cette profondeur et l'issue ne tarderait probablement pas à être fatale.
Plus haut Marius avait sans doute cessé de ramer. La cloche déviait vers le nord.
Fernand poussa un cri de désespoir en voyant la lumière orangée, se déplacer sous eux et leur échapper. Ses rêves d'alliance et de de cohortes surnaturelles s'évanouissaient dans les remous de chaleur de l'eau noire...
La Fouine exultait et poussait des petits cris hystériques pour encourager l'écart de trajectoire.
La curiosité géologique, sans doute une sorte de cheminée volcanique sous-marine , à moins que ce ne fut réellement le palais de Neptune, allez savoir, émettait à cet endroit suffisamment de lumière pour que les deux hommes distinguent les reliefs de la falaise vers laquelle ils fonçaient.


- Aïe... c'est pas gagné,
couina le sergent.
- Bien!!! on va atterrir!! on pourrait peut-être nager jusqu'au dôme et frapper contre le cristal pour attirer leur attention!
- Vous êtes dingue.... on va juste mourir, !


La cloche frappa le bord d'une formation rocheuse fragilisée avec un bang assourdi... et un craquement monstrueux. Un grand morceau de roche basaltique de la taille d'un bordel citadin à deux étages plus combles dégringola sous eux et plongea dans le goulot de lumière ne laissant plus apparaitre qu'une couronne de lueur étrange. Le paysage abyssal fut plongé dans une obscurité presque complète.

Dans le bathyscaphe hydrique, c'était l'abattement... et le silence. Impossible de sortir. Fernand se pencha. L'eau avait envahi la moitié de l'espace. L'air était vicié. Il s'immergea dans le liquide qui avait une température confortable... voir un peu trop chaude. qui lui remémora une histoire de grenouille. Impulsivement, ses mains touchèrent le sol avec une fièvre plus brûlante encore.
Ses ongles rayèrent la roche et ne sachant pourquoi, il tenta de prélever un fragment rocheux. Il se releva dépité. puis jeta la plaque de verre sur laquelle il avait fait graver sa lettre aux habitants des profondeurs. Il grogna, prit un de ses hachoirs et il plongea à nouveau. une minute passa avant qu'il ne remonte essoufflé.

Voilà.... grommela-t-il...

Et maintenant?
, demanda La Fouine entre deux clapotis?
Maintenant, mon ami, on est dans de sales draps, y a pas à dire....
On va soit cuire, soit étouffer, soit se noyer...
Ouai... je dirais bien que je suis content de vous avoir connu, mais vu les circonstances, la franchise s'impose.

A ce moment, comme par miracle, la cloche quitta le bord de la corniche en raclant le sol et remonta à une vitesse respectable quoique sans rapport avec la descente....
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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Lun 7 Mar - 23:06

Lorsque la cloche émergea enfin de l'eau, Marius qui tournait la manivelle comme un possédé, semblait proche de l'apoplexie. Il n'en pouvait vraiment plus; ses mains crispées étaient au supplice. dans ses yeux se lisait un début résignation que le regard attentif de l'ours réussissait encore à contenir dans l'espoir de quelques instants de vie. Près de la cage ouverte, le vieux continuait de fixer la côte de ses yeux blancs et morts comme si de rien n'était.
Bien sûr, Marius avait eu des jours meilleurs... Mais il fallait reconnaitre que les autres aussi... Oui, car les autres, eux, étaient tous morts.
Ils avaient ouvert le coffre et cette bête monstrueuse de mille cinq cent livres en avait surgi avec des dents partout.
Il n'aurait jamais cru qu'un ours puisse de déplacer aussi vite... et manger autant....
Le pont dégoulinant de sang avait fini par attirer quelques requins et le plantigrade, couché à plat ventre, pêchait négligemment quelques squales de bonne taille d'un coup de patte griffue, ou de griffes pattues, ...avec flegme, comme si c'étaient des saumons...
Fernand et La Fouine en sueur et rouge comme des écrevisses se regardèrent d'un air entendu et décidés à faire comme si tout était normal, ils montèrent à bord.

Ils restèrent un long moment prostrés à gouter la fraicheur de l'air ... Enfin, Fernand se redressa saisit son hachoir et se dirigea vers le palan.
Marius ferma les yeux, et ses sphincters se relâchèrent de peur.

-Tchack!
-PLOUFF!!!

Marius rouvrit les yeux. La corde était coupée, la cloche avait sombré à jamais.

Bien, dit Fernand, Je crois qu'il n'y a plus qu'à rentrer... Vous, là ramenez-nous à terre!
- Oui messire, le temps de.. .. me changer... permettez...
il fila à la recherche d'un bas de cadavre pas trop abimé pour le dépouiller de ses braies.

Pendant que le marin survivant larguait les voiles et se faisait aider aux manoeuvres par les deux rescapés des profondeurs, un grand creux se fit sur la mer qui ne sembla pas vouloir finir. L'horizon disparut au loin pendant de longues secondes.
Qu'est-ce qui se passe? demanda Fernand. Ils montaient à présent La vague a cet endroit dépassait quinze mètres de haut
La voix de l'aveugle derrière lui le fit sursauter.
La cloche se sent seule, petit bélier , elle a demandé de la compagnie. Elle en aura.

Loin en dessous....

par un effet domino, L'impact initial somme toute modeste du bourdon avait fait se briser une ligne de roche. La fissure s'était propagée sur une centaine de mètres en direction du fond puis avait bifurqué vers l'Est.
Alors, un pan entier de falaise fragilisée se décrocha en craquant et disparut dans l'obscurité. il se fracassa plus bas sur la base de la montagne qui elle-même s'affaissa de plusieurs mètres sur une lieue de largueur.
Un déplacement de masses d'eau titanesque s'enclencha dans les profondeurs.
Ayant peu d'effet en pleine mer, la vague devint gigantesque lorsqu'elle entra dans la rade de Toulon. Du haut d'un mur éphémère, fruit de la mer et du ciel, des cavaliers d'écume s'abattirent sur le monde.

La Fouine siffla entre ses dents et regarda la côte disparaitre sous la muraille d'eau .
- ça décape....Vu d'ici, c'est presque joli...
Marius demanda avec tristesse :
- Mais.. que vais-je devenir? , Où est-ce qu'on va aller maintenant?
- L'avenir le dira. Pour le moment voguons vers l'Ouest!
De fait, ils durent attendre plusieurs dizaines de minutes et le passage de trois autres vagues dangereuses avant de pouvoir orienter le bateau parallèlement à la côte. Plus tard, La Fouine demanda à Fernand :
- Dites, vous avez fait quoi en bas ,quand vous avez mis la tête sous l'eau...
- J'ai juste gravé quelque chose sur le sol. C'était idiot, je ne sais pas ce qui m'a pris...
- et vous avez écrit quoi?
- euh... .......
Fernand était ici.

- C'est très con....
- Je vous l'avais dit....

un peu plus loin, des bulles crevèrent la surface et quelque chose sortit la tête de l'eau pour regarder le navire s'éloigner par petit vent de travers.


Et c'est ainsi que se termine l'épopée de Fernand de l'Hydre dans le royaume de Neptune. Sans plus de succès que sa tentative de contact lunaire ni que ses efforts pour ouvrir une porte vers les entrailles de la terre à la recherche des habitants du dessous. Pourtant, il ne désespère pas, persuadé qu'il reste encore bien des possibilités pour l'Hydre de découvrir dans ce monde insensé des individus capables et décidés qui les aideront à accomplir leur grand dessein.....

C'est ainsi que se trouve en même temps résolu le mystère de la disparition de la ville de Toulon...Car toutes les autres versions sont naturellement fausses et cousues de fil blanc dans le seul but d'opprimer les masses laborieuses et aveugles et de faire pleurer les bigotes. Mais en vrai, c'est ça qui c'est passé pour Toulon, sa cloche, ses mouettes, son calme ...

Toulon ....

parce qu'elle le valait bien....
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MessageSujet: u   Lun 2 Mai - 10:28

Quelque part, près du port dans une ruelle sombre et grise ressemblant à n'importe quel revers de médaille . Nous sommes à Arles. Avec tous ces réfugiés, on jurerait Toulon, mais qui peut vraiment dire . Tout le monde est bien parqué, bien rangé dans sa boîte.
L'impasse est presque identique: poussiéreuse, silencieuse... mortelle à plus d'un titre et d'ailleurs, elle l'est par essence.
La voie n'est jamais vraiment déserte. Souvent arpentée par quelques ahuris sur le fil du rasoir, sans issue c'est ici que les yeux se voilent d'une manière ou d'une autre.
Dans le refus ou dans l'acceptation, qu'on y entre ou qu'on en sorte, il faut pour cela clore les paupières.


Ayant élu ici domicile et villégiature et s'y vautrant comme des vers dans la farine, un groupe d'individus suspects hantait les lieux depuis quelques semaines.

La Fouine tira sur le col de son harnois et il en serait sorti de la vapeur si l'on avait bien voulu l'imaginer.
En face, assis sur un tonneau en train d'éplucher un bout de bois avec un hachoir, Fernand l'écoutait en lui jetant de temps à autre un regard obtus.


- Alors, voilà, j'ai donc pensé que nous pourrions essayer pour changer de faire appel à des forces plus.. terrestres... plus normales... moins... bizarres... plus concrètes, vous voyez???
- Non, j'avoue, je ne vois pas...
- Je pensais à des gens....
- Des quoi?
- Des personnes, des gens..; comme vous et moi..

Une lueur criarde illumina soudain un coin de la ruelle et un homme hagard sortit en trébuchant. Il sembla hésiter un instant, réprima un sanglot, puis fit volte-face et retourna là d’où il avait surgi. C'était comme ça tous les jours dans l'impasse .
- Vous voulez dire des gens comme ça? demande Fernand avec un sourire indéfinissable?
- ......
La Fouine haussa les épaules et battit en retraite
- A propos, Sergent, On dit qu'il y a dans les montagnes à l'ouest, des créatures tout à fait étonnantes. Ils appelaient ça des Simiots, d'après les textes que j'ai glanés. Vu la description, on jurerait de la famille à vous. Il faut absolument qu'on aille voir si ils sont moins retors que vous, on ne sais jamais... J'ai préparé notre itinéraire, vous voulez voir?

La Fouine shoota dans un cailloux gris d'un air boudeur.....


- Est-ce qu'il passe par un lupanar ou bien par une foire à viande?
- Pas que je sache...
- Alors, ça ne m'intéresse pas.
- A votre guise Sergent.

Fernand se concentra à nouveau sur son bout de bois qui prenait peu à peu la forme d'un tête hideuse.....
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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Mar 10 Mai - 4:08

- Par les cornes du bouc de mari de ma vieille tante Berthe!!!! vous avez vu la taille de cette empreinte!!!???

Fernand ne répondit pas. Penché sur la découverte du sergent, il s'avança et posa son pied, talon contre talon, dans la marque profonde sur le sol.... Il restait assez de place pour son deuxième pied....Cela faisait longtemps qu'ils étaient sur la piste. Ils avaient marché pendant des jours et leur long périple vers l'Ouest les avait menés hors de Provence aux abords des montagnes pyrénéennes, . Les habitants du cru les avaient aiguillés au fur et à mesure avec une expression de crainte croissante dans le regard lorsque les deux hommes leur décrivaient ce qu'ils cherchaient. Depuis la veille ils n'avaient croisé personne.

- Eh Bien ça, si c'est pas du monstre, je ne sais pas ce qu'il vous faut La Fouine! dit-il avec une bouffée triomphante dans la voix. C'est assez concret pour vous, j'espère? ça marche, ça se tient sur deux pieds, c'est énoooooooorme !!!
Et surtout ça doit être très méchant! ça se voit à la façon dont les petits orteilles se plantent dans le sol, vous voyez?

- Justement, m'sieur Fernand, on ne devrait pas rester là, ça a l'air assez frais comme trace.... et j'aimerais autant pas que ces petits orteils là viennent se planter dans le gras de mon dos....
- Cessez donc de vous en faire pour votre lard, Sergent!

Il faut trouver d'où ça vient. On doit chercher leur nid ensuite, on essaiera de les engager.

Oui, mais s'ils refusent?
Je ne sais pas ... on en capture deux et on fait un élevage. Nous avons bien réussi à attraper Bouba...
C'est vrai... alors comme ça, vous avez amené de l'alcool?
- Ah, non, pas cette fois.
- Alors, c'est rapé....tss....tant pis, une autre fois! Repartons vite!
- Allons, soyez un peu courageux, sergent, vous n'arriverez jamais à rien de constructif en persistant dans ce type d'attitude.....

- Eh bien j'arrive assez bien à rester en vie et ça me suffit en général....
- Vous ne savez pas ce que c'est de vivre, Sergent.... Allons! Foin de tergiversations! La piste part dans ces buissons d'épineux! Ouvrez la marche, je vous suis. Attention aux épines...
Ils s'enfoncèrent dans les broussailles avec précautions
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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Mar 10 Mai - 4:12

Ils avaient marché, puis rampé dans les broussailles empruntant des pistes de petits animaux, du lapin, selon le sergent La Fouine..... et cela avait paru durer un temps infini.
Ils avaient le dos hérissé d'épines quand ils débouchèrent enfin dans une sorte d'espace vouté naturel et végétal et c'est là qu'ils les découvrirent.
Fernand exultait et s'il avait trouvé un arbre de bonne taille nul doute qu'il aurait dansé autour et soulagé sa vessie par la même occasion.

Bien qu'il fut impossible de distinguer leurs silhouettes dans la pénombre grandissante, leur petits yeux rapprochés contrastaient avec leur tailles probablement gigantesque et luisaient d'une expression neutre et égale d'un individu à l'autre. Ils étaient des dizaines qui fixaient les deux hommes ces farouches guerriers sanguinaires et implacables qui terrifiaient la région et laissaient courir les rumeurs les plus folles.
Ils s'avancèrent encore courbés vers le centre de cette hutte étrange.
Tandis que Fernand et le sergent La Fouine s'avançaient au centre de l'espace, à chacun de leur pas hésitants, on entendait quelque chose se briser ou craquer sous leur pieds...

- Surement des ossements humains, ça... c'est sûr.... dit La Fouine
- Sûr... dit Fernand avec un rictus.
- Vous avez vu? y en a des vachement grands... les yeux là au fond, , ils sont au moins à sept pieds de haut....
- On en sait rien, il est peut-être assis sur un rocher.....

Fernand sortit lentement de son sac un parchemin. le déroula et plissa les yeux dessus.....
Flûte.... je ne peux pas lire mon message, il fait trop sombre..... je vais voir si je m'en souviens encore....
A vous, habitants des bois et des montagnes, Salut!
L'Hydre recrute et il n'est de lieu à négliger pour trouver des esprits courageux et des talents méconnus.
Vous pourriez varier un peu c'est presque le même que la dernière fois....
- La ferme sergent, je voudrais vous y voir, vous... d'ailleurs ce n'est pas vrai...
Aussi, nous avons traversé mon.... ami, là ... et moi les montagnes et les mers lointaines pour vous rencontrer.
- Comme vous y allez....- La Ferme sergent....
Vous qu'on spolie et qu'on chasse, vous à qui ces ignobles gadjé confisquent les forêts et les lacs, vous qui...
- y a pas de lac ici m'sieur Fernand....
- La ferme Sergent.....
....vous qui êtes libres, nous vous adressons cette missive hydrique.
Et nous venons à vous comme des ambassadeurs pour vous convaincre de prendre les armes et de lutter à nos côtés.
- Pourquoi, me direz-vous ?
- Et je vous répondrai... et pourquoi pas et ... oh et meerde, j'ai oublié le reste...

- Arrrggh!!! quelque chose m'a mordu l'oreille!!!!!
- La ferme sergent.....
- Ecoutez, moi je vais faire du feu, on y voit rien.....


Il tourna la tête et hurla car deux yeux l'observaient de trop près ce qui déclencha en réponse une vague de cris aigus et hostiles tout autour d'eux.
- Ils ont l'air nerveux... je sais que je vous ai dit qu'on ne risquait rien, mais ils pourraient ne pas aimer, c'est pas prudent....
dit Fernand quand le calme fut revenu.
- Faudrait savoir, hein? Vous avez bien dit qu'ils peuvent déclencher la foudre, non?
- Ca c'est ce que dit le texte mais .....
- Et puis, si ils n'aiment pas le feu, je ne vois pas bien à quoi il peuvent nous servir... le feu c'est un peu notre outil de travail ...
- Bon.... d'accord, allez-y... de toute façon, j'ai oublié mon texte, là.....
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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Ven 31 Aoû - 1:30

La suite des événements n'offre guère d'intérêt et c'est tout juste s'il convient de noter que la tentative de Fernand fut un échec de plus. Les simiots ne manifestèrent pas d'aptitudes particulières pour la guerre.
Leur organisation sommaire ne se prêtait pas à la bataille rangée, pas même à la guérilla urbaine. Sur le plan militaire, ils étaient absolument minables. Et pour cause....

Il faut dire que lorsque le sergent avait fait de la lumière sous la futaie, ils s'étaient trouvés en présence d'une bande de petits macaques qui s'étaient mis à brailler sauvagement dans les aigus et à les bombarder de noix de crottes et de brindilles.

A cette époque où la piraterie était en plein essor, il était du dernier chic pour un commandant audacieux d'arborer un animal étonnant sur son épaule. C'est que ça vous donne tout de suite un air, ces choses-là.
Ces petits singes de montagne, étaient capturés par des chasseurs dans le nord du Maroc pour être vendus dans les ports de Méditerranée.

Et c'est ainsi qu'au détour d'une escale naufrageuse, une cargaison de magots prit la poudre d'escampette et s'égaya dans les bois aux environs d'Arles.
L'isolement, le climat favorable et la nature généreuse permirent à la petite tribu de prospérer un temps à l'écart de la civilisation. Ça et là, ils effrayèrent quelques voyageurs et des paysans qui les prirent pour des diables.

Si l'on en entendit plus parler pendant un bon moment, c'est que le Sergent La Fouine en massacra plusieurs douzaines. Il fit des allés-retours avec une charrette pour en prélever le plus possible jusqu'à ce qu'il ait décimé la population et que les rescapés aient appris la méfiance. Il les sécha, les fuma, les sala et pendant un temps, le ragout de lapin au campement eut un petit gout de noisette. Il vendit les déchets et les parties mal conservées à un marchand de saucisses de sa connaissance. Et il en fut un peu consolé parce que pour une fois, l'aventure n'avait pas été tout à fait inutile, voire rentable.

Le seul mystère c'est qu'ils n'avaient jamais résolu le mystère de l'empreinte gigantesque. Mais Fernand en avait moulé un plâtre qu'il avait accroché à un mur.

Après cette épisode à peu près aussi navrant que les autres, le sergent eut un court répit pendant lequel son employeur trop occupé par les affaires courantes lui épargna de nouvelles lubies.

Mais les bonnes choses ne durent pas, sinon ce serait moins bien.
Par un matin fraichissant, alors qu'il épluchait des rats bien gras dans ses cuisines, il entendit Fernand brailler son nom.
Il traina des pieds jusqu'à la grande salle où le trapu tentait de rassembler les bouts mal en point d'une vieille carte.

- Ah! Sergent! Vous avez du vinaigre? C'est pour nettoyer les tâches de sang sur ce document que je viens d'acquérir....
- Je dois avoir un mauvais vin quelque part...
- Dîtes moi, Sergent, est-ce que vous avez déjà entendu parler des dracs? ça vous dirait qu'on en attrape un ?
- Eh merde....


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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Ven 22 Mar - 9:45

[RP]Lettre aux sélénites: Episode VI. Les boyaux de Gangrène

Deux hommes montent vers les collines qui surplombent Espalion. Le premier à la silhouette trapue et au faciès de brute vulgaire, marche d'un pas pressé et volontaire. L'autre, maigre sauf au niveau du bide, arborant une armure de plate mal ajustée, suit en trainant des bottes et en égrainant des protestations.


- J'étais au beau milieu d'une importante transaction commerciale!!!!
- ...Faut pas pousser, vous aguichiez une pûte avec un sac d'or... avec votre gueule, de toute façon, c'était pas gagné.... Non, là où je vous emmène, c'est vachement mieux, vous verrez!
- Mon cul! Encore une de vos lubies insensées qui va nous rapporter des ennuis! Moossieu' a des conversations avec les animaux, maintenant.... Normalement, faudrait vous abattre... vous êtes barré mon gars, faudra bien finir par l'admettre!
- Je vous dis que ce rat m'a parlé!
- Sottise! ça fait des années que j'en écorche, y z' ont jamais causé! Ils crient, c'est tout. Les rats, ça parle pas, ça se mange... et pis il aurait dit quoi d'abord?
- Je n'en sais rien, mais il m'a regardé avec ses petits yeux rouges et il m'a paru plus intelligent que vous. C'était comme.... une invitation, quoi...
- Vous êtes complètement con...
- Il m'a bien conduit jusqu'ici, pile-poil devant l'entrée marquée sur la carte, non?
- Ça c'est vous qui l' dîtes! Si ça se trouve, vous le tenez à l'envers, votre torche-cul.
- Mais non, regardez! Deux collines, un petit bosquet au centre et juste en dessous les grottes.
- Et on doit aller dans laquelle?
- La plus sombre, quelle question!
- fait chier...
- Ça.... nous verrons...
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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Ven 22 Mar - 9:48

Cent pieds sous terre, dans le larynx puant d'une grotte humide, avec des petites gouttes d'eau qui font plic-ploc par terre.... C'est cosy....
Deux torches graisseuses crépitent, des lueurs laiteuses et phosphorines de champignons illuminent les parois aux arêtes gluantes et néanmoins contondantes. Autant de promesses d'hématomes migraineux pour les distraits.
Le sergent est écœuré. Il se remémore les innombrables déboires qu'il a du endurer et une bile aigre lui remonte à la bouche.


- Vachement mieux, hein? j'ai juste l'impression d'être un gland.
- C'est pour ça que je vous ai fait venir, Avec votre casque, vous avez la tête de l'emploi.

- Poc!

Fernand rapproche sa torche du parchemin qu'il inspecte. Le sergent vient regarder par dessus son épaule et l'indispose horriblement avec son haleine de chacal faisandé

- Alors, c'est quoi la théorie, cette fois-ci?
- Eh bien selon le vieux, il y aurait une sorte de réseau souterrain de raccourcis qui courent sous la terre.
- C'est vrai que des souterrains qui courraient au-dessus ça ferait désordre...
- Et ce plan...
- est un plan foireux....
- Ce plan, dis-je, indique que ce boyau-ci est un accès vers Gangrène. Il y a là tout un entrelacement de petites lignes, vous voyez?
- C'est quoi ce gros lapin avec des dents pointues marqué ici?
- je ne sais pas...ça doit être de la déco...ils font toujours ça sur les cartes. C'est loin d'ici de toute façon...
- Il ne peut pas y avoir autant de galeries dans la terre, on dirait que c'est bouffé des vers. Vous êtes sur que ce sont des chemins?
- Mais oui, nous sommes devant l'un d'eux. Ils permettraient d'aller partout où on veut. Et même à des endroits où on veut pas!
- Comme là où y a le gros lapin par exemple?
- C'est plus loin, je vous l'ai dit...
- Et l'espèce d'arbre avec des pattes?
- par exemple.
- Ou la boule verte pleines d'épines violettes?
- Aussi, c'est...
- Et le cube avec des bouches sur chaque faces?
- Oui, mais...
- Et ça, c'est des araignées?
- Elle doivent être toutes petites, ce sont des ...
- Et ce gars avec une drôle de galuche et un bâton clouté?
- Il peut pas être bien dange....
- Et qu'est-ce que c'est un.... re...quin?
- Je ne sais pas... surement une bête très sympathique!
- Et le dragon escargot?
- Non mais...
- des tigres à tête de poisson...hm?
- Sergent...
- Et c'est quoi ce grand M jaune? Et ça, ce ne sont pas des géants par hasard?
- Oh, la ferme!


Fernand replie rageusement sa carte et rêve qu'il écrase la tête du sergent à coups de pierre.
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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Lun 16 Juin - 10:59

une éternité plus tard.....

- Ahhhh, la malfaisance de l'homme, c'est tout un poème, sergent!
- Et celle de la femme, c'est du théâtre?
- Chais pas moi,  j'ai eu que de des expériences épatantes. Votre problème, à vous sergent, à part votre haleine de chien mort et votre gueule de souche pourrie, je veux dire, c'est que vous avez une toute petite....

- Je doute de toute façon que toute la malfaisance du monde puisse rivaliser avec votre sens de l'orientation souterraine!!!!
- Techniquement, ça dépend de quelle cavité on parle... Allons, osez dire que vous n'étiez pas dans votre élément! C'est bien simple, on aurait juré que vous étiez natif des lieux!
- ....
- Ecoutez, ce n'est pas de ma faute, si vous vous êtes fait bouffé votre froc par cette drôlesse....
- Drôlesse???? J'y ai laissé une couille, bordel!!! ... Drôlesse??? vous en avez déjà vu beaucoup, vous, des drôlesses avec des dents dans la ...
- Mais Sergent, ça aurait du vous mettre la puce à l'oreille, le fait qu'elle n'en avait pas dans la bouche... et c'est vous qui avez voulu sympathiser avec les indigènes, je vous avais dit de vous  contrôler. Et puis, nous aurions vraiment du tourner à gauche après la grande fosse qui sentait pas bon. Bon, l'important, c'est qu'on soit sortis, non?
- Hhh!! Bon!!!  et donc, on fait quoi?
- Un recueil, sergent, une anthologie! des oeuvres complètes qu'on va faire!
- Vous rigolez, là... j'en ai raz le casque! Et j'ai plus l'âge pour ces conneries.
- Vous inquiétez pas, va, on va démarrer doucement. Je me sens d'humeur paisible.
- Ouai... ouai, ouai...c'est ça... faisons dans le paisible...
- Toujours aussi enthousiaste, mon vieux La Fouine...
- Ouai...
- Allez, quoi, vous avez l'air tout ballonné, pétez un coup, y a de la joie! Bon, où c'est qu'on est? J'ai du mal à reconnaitre la configuration des lieux.
- Nous sommes présentement plantés comme des cons dans un bouge inconnu. On pourrait être n'importe où.... Attendez, je vais voir à la fenêtre....
....
... Ah merde.... Bon, les locaux parlent italien. Je crois bien qu'on est à Gégènes.
- Ah...
- Oui, hein?
- Huhuhu... bon, ben allez... Allons à Gènènève...
- Eh... ça c'est sur, vous allez en casser des barques avec ce genre de faisceau....
- ... Sergent, par pitié... faîtes pas votre alémanique.  


Dernière édition par Fernand le Mar 8 Juil - 10:16, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Lettre aux sélénites (Forum 2 de l'Hydre)   Mar 8 Juil - 10:12

Bien plus tard....

- Sergent, je vous félicite pas pour le choix de la mule.
- Écoutez, c'est tout ce qu'il y avait au marché à bestiaux, vous préfériez qu'on marche?
- Je dis juste que c'était pas très confortable. D'ailleurs vous n'avez pas arrêté de dégueuler tout le long du trajet. C'était presque gênant sur la fin.
- Oh, c'est rien, j'ai l'habitude, ça m'a du tout dérangé.
- ...
- Ecoutez, cette bestiole tanguait à chaque pas, c'est pour ça, on se serait cru sur un bâteau....
- N'en parlons plus.

Fernand se penche pour regarder....

- La vache, qu'est-ce qu'elle est moche....
- Nan, mais c'est pas une va... hum...   Faut reconnaitre que pour une sale gueule, elle avait vraiment une sale gueule.... C'est drôle, j'aurais pas cru ça possible, mais elle a l'air encore plus laide qu'avant....
- C'est pas faux.... Et comment vous dîtes que ça s'appelle?
- Une chamelle, m'sieur Fernand. une chamelle, que ça s'appelle...
- Fascinant.... Notez aussi, si improbable que cela puisse paraître qu'elle pue encore plus que quand elle était vivante...
- A mais pardon! Le marchand m'avait assuré que ces bêtes-là n'avaient presque pas besoin de boire. Je ne lui ai donné qu'une petite goutte de rien du tout...
- Vous savez quoi, Sergent? A la lumière dés événements... et à l'odeur, aussi, je pense que le bonhomme devait parler d'eau... pas de gnôle...
- ... Maintenant que vous le dîtes, ça parait assez logique.... à ma décharge, elle bouffait des ronces, j'ai cru qu'elle avait l'estomac solide... 
- ben comme quoi, non... Allez, tirons-nous, toutes ces mouches, ça me rend nostalgique... On continue à pieds...

Le rugueux s'éloigne d'un pas lourd. Avant de le suivre, La fouine reste penché un instant sur la carcasse, comme avec regret... c'est que les chèvres se font rares à ces latitudes et qu'il n'avait rien d'autre sous la main... puis il lui file un coup de latte dans la panse. Il écoute les bruits de gaz et de fluides qui gargouillent derrière la peau distendue, prête à se rompre.... Il regrette de ne pas pouvoir en servir un morceau au campement ou en refourguer un quartier à son artisan charcutier. Même avec des épices, y a des limites à ce qu'on peut faire avec la viande ...
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