L'Hydre


 
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 Rage, langueur et hiver

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Attila

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MessageSujet: Rage, langueur et hiver   Lun 4 Jan - 0:29

Attila_caligula a écrit:
- Han!
Les grognements énergiques résonnaient à peu près au rythme des coups sourds qui montaient de la petite cours au centre des roulottes.
Le sergent Bourgogne, souvent sur les routes pour diverses missions de messager dont il se serait bien passé, que ce fut pour le Vicomte de Lastours, le Vicomte d'Ysengrin, ou qu'il fut de garde au campement, baguenaudait pour le moment sans réelle occupation.


- HAN!
Le coup métallique qui suit immédiatement rappelle quelques bons souvenirs au vétéran, des leçons jadis prodiguées à la famille de Lastours, les nièces, entre autres qui se montraient espiègles jusque dans le métier austère des armes.

Ainsi le sergent rubicond avance ses pas chaloupés vers l'origine de ces efforts qu'il pense martiaux...
... à raison.
Le Vicomte d'Ysengrin s'entraine à la quintaine, pantin rembourré et blindé, armé d'un coté d'un écu, et de l'autre d'un fléau d'arme, le vicomte étant armé de son écu et de l'épée paternelle.
Lorsque l'écu est frappé, la quintaine pivote sur son axe et vient frapper le maladroit qui ne se pousse pas assez prestement, ou qui ne pare pas avec assez de célérité.
En 1457, le combat d'hommes d'arme se résume à deux alternatives:
Soit l'adversaire n'est absolument pas entrainé au combat moderne et, comme les gueux en général, il meurt en quelques secondes, décapité, esmoigné, mortellement navré.
Soit il l'est comme sont opposant, et le combat est une suite de passe d'armes savamment orchestrée qui voit perdre le moins resistant physiquement qui, fatigué, ne pare pas assez promptement.
Le jeune Ysengrin n'était pas encore une machine à tuer comme feu son Père, en témoignaient la longue estafilade qu'il portait à la joue et sa spallière cabossée sous laquelle le sang coulait en fine rigole.
Mais il avait du coeur et le mettait à l'ouvrage.

L'arrivée de Bourgogne marque pourtant l'arrêt de la séance.

- Bourgogne! Tu tombes bien, mon linge, je me vide!
- Votre Seigneurie devrait y aller moins rondement! Vous faire occire par une quintaine ne sera pas du goût de votre Mère.
- Bourgogne... ta gueule! Je n'ai qu'une meurtrissure et elle me rappelle la faiblesse de la chair.
- Oh oh! Le Vicomte est d'humeur chagrine?
- Tu m'en connais d'autres?
- Eh ben... il me semblait que la veillée de la saint Noël avait été joyeuse... les donzelles étant parties fort souriantes et jonglant avec belle aumônière pleine d'écu, à ce que j'ai pu en voir de ma guitoune.
- Fini tout ça!"
fit le vicomte en se débarrassant de ses pièces d'armure.
- Une des puterelles vous aurait elle plombé le braquemart? Elles avaient le teint frais et la peau lisse pourtant.
Le Leu, visage inondé d'humidité, l'œil plus rouge que jaune, s'essuie d'un linge tendu par l'homme d'arme aux vingt campagnes. Puis détourne le regard.
- Oh" reprend le vieux sergent. "C'est au cœur qu'est la navrure...
L'oeil du vicomte luit d'un éclat tout de méchanceté aiguillonnée d'un jet d'adrénaline encore vif. Bourgogne recule d'un pas.
- Je suis confus Vot' Seigneurie... Vous croyais immunisé contre la donzelle accorte et les œillades assassines.
- Bourgogne... ta gueule. Aujourd'hui je revis au contraire.

Ce disant, le vicomte saisit son épée à deux pattes, délaissant toute possibilité de parade, et se rue sur la quintaine qui accueille un coup à couper un bœuf en deux en pivotant à la vitesse del'éclair, faisant voler la boule d'acier vers le crâne nu du Leu.
D'un coup de rein celui ci esquive l'arc mortel qui le frôle d'un pouce, sous le regard ahuri du sergent qui tient encore le haubert trempé de sang et de sueur.

- Votre Seigneurie... faut éviter ce genre de boutade... vot' sainte Mère me tuerait...
- Finies les joutes courtoises Bourgogne. On va jouter pour de bon dorénavant.




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MessageSujet: Re: Rage, langueur et hiver   Lun 4 Jan - 0:31

Vassilissa a écrit:
Une énorme boule d’acier roula à ses pieds, et Vass se pencha pour la ramasser. Elle était plus lourde que prévu. Ses muscles se dessinèrent sous sa chemise tandis qu’elle se relevait dans un grognement. Elle regarda autour d’elle, et s’arrêta sur le Vicomte qui suait sang et eau :

- Qui qu’en veut à mes orteils ? C’vous ?

Elle lui tendit l’objet, masquant comme elle pouvait l’infime tremblement qui trahissait l’effort exigé par l’apesanteur. Comme il ne se pressait pas pour le prendre, elle le laissa retomber à terre avec une grimace, et le sol trembla un peu.

- Bourgogne, vous rang’rez ça… ça fait désordre. Et j’entends parler de jouter ?

Elle s’étira et fit craquer ses doigts. Des semaines que son épée n’était pas sortie de son fourreau, des semaines que son corps ne connaissait que les efforts de monte.


- J’rouille franch’ment, en ce moment... J’peux p’t’être participer à votre petit tournoi ?

C’était Dran qui lui avait appris à bretter, des mois auparavant, dans les fourrés de Bourgogne. Première fentes, premières esquives, premier procès. Pour un estoc parti de biais et qui avait cueilli sur le bord du chemin un pauvre pèlerin en quête de quelques fleurs ou de rares noisettes…

Bref, ce n’était point son épée d’origine, mais la voilà qui défouraillait pourtant. S’avançant de trois pas, elle fendit l’air d’un geste précis, narguant du bout de sa lame les bijoux de famille du dernier d’Ysangrin.


- Alors Vicomte ? J’vous laisse torcher en paix votre petite griffure, ou bien vous en r’d’mandez ? Faites ‘tention, hein, je rends les coups, moi…

Œillade de défi, sourire de circonstance, elle attendait réponse.
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MessageSujet: Re: Rage, langueur et hiver   Lun 4 Jan - 0:33



Le vétéran commençait à trouver l'humeur de l'Ysengrin aussi ombrageuse que celle de son Maître, le Vicomte de lastours.
Comme le vieux Raspoutine, le jeune Attila Caligula profitait d'une jeunesse de débauché, toute en frasques et culettages, passant des bras d'un vicomtesse aux cuisses d'une gueuse.
Aussi Bourgogne ouvre grand les yeux quand l'épée de l'Ysengrin caresse la lame de la jeune femme, acceptant ainsi la passe d'arme.

- Mon vicomte, Mamzelle, enfilez au moins un haubert, un gambison... se battre à nu c'est folie!
Sans un regard pour l'homme d'arme, face à la jeune femme qui sourit avec suffisance, l'Ysengrin montre les crocs.
- Advienne que pourra Bourgogne. La danse est trop belle.
Un pas de coté, une prise de garde quelque peu hasardeuse. Le leu est prêt.
S'en remettant sur sa jeunesse qui lui confère plus grande rapidité et réflexe foudroyant, il néglige sa sécurité et ne confie sa défense qu'à une Main gauche fort difficile à manier.
Bourgogne passe une main gantée de cuir sur son front en sueur malgré la fraîcheur de l'air.
Si l'un des deux se laisse toucher par ces lames cruelles qui commencent à s'entrechoquer, c'en est fait d'un bras, d'une jambe, de la vie peut être.

- Cornecul, mon Vicomte....Mamzelle...
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MessageSujet: Re: Rage, langueur et hiver   Lun 4 Jan - 0:33

Vassilissa a écrit:
Le bruit des lames qui s'étreignent et s'acceptent, le doux bruissement du fer pourtant impitoyable...
Il avait accepté.

Elle le dévisageait sans aucune retenue, cherchant à découvrir la faim qui l'animait. Son regard était sombre, sa main droite fébrile...
Elle savait peu de choses de lui.
Sa jeunesse et son arrogance, son impétuosité, l'essentiel de son temps passé à tenter de séduire la gente houppelandée... Rien de tout cela ne se trouvait dans ses yeux aujourd'hui. Était-ce l'effet d'une cuite, d'une femme, ou d'un ami ? Avait-il si brutalement vieilli ?

Une fraction de seconde, elle revit sa propre jeunesse, celle qu'elle avait passé au bras d'un doux rêveur… Elle aussi avait changé depuis.
D’ailleurs elle était là.
Et ce serait sans doute un beau carnage… inutile et idiot.

Les braillements de Bourgogne la ramenaient au duel. Et malgré son humeur plus que sombre ce jour là, elle ne put empêcher ses yeux de briller de malice :


- Transpirez pas comme ça, Sergent, j'vais tâcher de vous l'rendre en moins de dix morceaux, vot'louv'teau !

Elle se fendit d'un coup et les lames se heurtèrent dans un joyeux fracas. Elle recula d'un pas, jaugeant son adversaire.

Qu'est-ce qu'elle foutait là, dans cette capitale morte depuis des lustres, à attendre à rien faire que l'hiver s'étiole ? Où étaient ses amis, ses amants, son foyer ?
Elle rêvait de voyages, de rencontres, de promesses...
Elle était déçue, fatiguée, et elle avait sa lame, l’occasion d’le montrer…

Lequel des deux rompit le fil de leurs pensées ? Les épées s'affrontèrent dans un vacarme horrible, qui fit s’enfuir les poules picorant près de là. Les coups étaient rapides, brutaux, sans vraiment d’autre but que celui de faire mouche.


- Aïe !

Elle fit un bond en arrière, grogna un peu et se remit en garde. Sa rage doucement commençait à passer, coulant avec la sueur toute mêlée de poussière. Elle sourit un peu et le toisa, bravache :

- Retenez pas vos coups, Vicomte, ch’uis pas une d’ces pucelles qui ont tout dans les reins… J’manie ma lame comme vous votre…

Son sourire s’élargit avant que de nouveau elle se jette en avant.
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MessageSujet: Re: Rage, langueur et hiver   Lun 4 Jan - 0:34

- Aïe!
La parade de la jeune femme est venue à la rencontre d'une taille où le vicomte avait mis toute son énergie, toute sa rage. Et l'épée en contre chanta d'une voix claire qui faisait honneur à son forgeron. Une lame moins bonne eut été brisée.
Nitouche aura le bras endolori pour la journée.

- Retenez pas vos coups, Vicomte, ch’uis pas une d’ces pucelles qui ont tout dans les reins… J’manie ma lame comme vous votre…
La morgue de la jeune femme l'aiguillonne, alimente sa soif de violence. Il y a du meurtre sans ce regard. Mais l'attaque qui vient fait douter de la cible, tellement elle est brutale, découverte, vulnérable à un contre.
Qui ne se fait pas attendre.
D'un pas vif, Nitouche esquive la charge furieuse; d'un poignet sûr elle dévie la lame aveugle du Vicomte, et porte son propre coup, tournant juste le bras pour frapper du plat de la lame.

Cette fois c'est le Leu qui sentira son épaule pour le reste de la journée. Bien heureux d'avoir encore le bras qui y est attaché.
Pas le moindre répit pourtant, piqué au vif, l'Ysengrin fait face de nouveau, pointant ses deux lames vers son adversaire.


- C'est toi qui retiens tes coups Nitouche
- Et elle fait bien... Mon vicomte vous chargez comme taureau furieux. C'est la Gascogne qui vous fait rêver d'arène?"
dit le sergent en saisissant un Bec de Corbin.
Nouveau pas de danse macabre, nouveau choc des traits d'acier; la Main Gauche, laide et traitresse, ne vient pas parer mais pique méchamment la hanche de Vassilissa. Geste vil, qui peint un rictus tout aussi méprisable sur la gueule du Leu. A-t-il envie de détruire ce qu'il chérit? Un excès de mauvais vin, pour lui qui ne boit pas, un mauvais pain de son, trop riche en ergot de seigle? Une fièvre maligne?
Bourgogne ne va pas attendre le diagnostic de la Faculté de médecine, qui du reste ne conseille en général que saignée, ce qu'il veut justement éviter, le raisiné coulant déjà d'abondance.
Il lève l'arme de hast et affirme sa prise sur le manche.
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MessageSujet: Re: Rage, langueur et hiver   Lun 4 Jan - 0:35

Vassilissa a écrit:
- Vertudieu !

Le coup qu’il lui porta lui fit monter les larmes aux yeux. La douleur était insupportable, lancinante, amère. Elle ne s’y attendait pas, et c’en était que plus troublant. Elle se mordit les lèvres, et son regard se troubla. Est-ce qu’ils allaient continuer comme ça jusqu’au point d’non retour ? Est-ce que l’un des deux pouvaient mourir, ce jour ?
Par réflexe, elle porta sa main à la blessure, et sentit le sang poisser sur ses doigts. Elle renifla, et ses yeux se firent d’acier. Les mots se bousculèrent entre ses dents serrées :


- Tristote, chauffe la place au Vicomte, je vais te l’renvoyer un peu plus tôt qu’prévu…

Son épée dansa dans sa main, le jeu était fini. Puisqu’il était sérieux, elle était décidée à mettre toute son adresse dans les coups à venir, et advienne ce que pourrait du Vicomte et de ses courtisanes... Sûr que z’allaient pleurer ce soir… Un mouvement, un reflet à sa droite attira son regard, elle grogna :

- Bourgogne, vous mêlez pas de ça… Pas avant qu’j’lui ai r’tiré un peu de son sourire…

Sans blague. Ça faisait trop fichtrement mal, c’était trop fichtrement vexant…
Aussi, avec une froideur implacable, elle passa à l’attaque, encore. Mais cette fois, ses coups étaient vifs, rapides et précis. Ils avaient un seul but, qu’ils atteignaient sans peine. Et lentement, le loup reculait.
Elle paraissait mieux résister à ses assauts désordonnés, et il faut croire que c’était vrai. Elle commençait même à pouvoir l’agacer un peu. Plusieurs fois sa lame entailla le tissu, avant de s’arrêter à quelques millimètres de son corps intouchable.

Elle dérapa soudain, et la chemise vira au rouge. C’est ce moment que choisit la patience du Sergent pour trouver sa limite.
Et celle-ci s’exprima de la manière la plus primaire qui soit : un Bec de Corbin s’abattit entre les deux adversaires, avant de les repousser durement chacun de leur côté :


- Ça suffit ! Mon vicomte, Mamzelle, vous avez bien assez joué de déraison ! Posez-moi donc ces armes avant que l’irréparable ne soit commis… Avant que je ne sois obligé d’écrire à votre Mère qu’elle a perdu son fils pour simple badinage !

Vassilissa râla pour la forme, et, abaissant sa rapière fit mine d’abandonner le combat. C’était mal la connaître que lui donner crédit. Et d’un saut de côté elle fit face à l’homme d’arme. Un sourire malicieux éclairait son visage. D’un léger mouvement de tête, elle rejeta une mèche de cheveux sur son front et se tourna vers Attila :


- Vic ? J’vous propose une trève… Nous deux contre c’ui-là ?
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MessageSujet: Re: Rage, langueur et hiver   Mar 5 Jan - 11:02

--le_sergent_bourgogne a écrit:


Le vieux sergent n'est pas un perdreau de l'année, c'est le moins qu'on puisse dire. Pas un jouvenceau qui prendrait la remarque de la Nitouche à la rigolade, ou pour une forfanterie de bravache.
Elle pisse le sang et ne s'en soucie pas, et elle a montré qu'elle se servait plus que correctement de son espadon.
Le vicomte est à bout de souffle et il se tient les côtes, lui aussi dégoulinant de précieux sang bleu. Mais la lueur de violence n'est pas éteinte dans son regard.
Faut vite les ramener à la raison ces deux là. Sinon Bourgogne va se retrouver en face d'une situation inextricable: une adversaire plus vive que lui, et un autre plus fort. Mais le vieux briscard a un bec. Emmanché d'un long cou. Et il a passé les 30 dernières années à survivre à presque tout, si ce n'est l"âge qui le tue petit à petit. Et la bibine.
Ces deux jeunesses ont encore le gout du sang à la bouche, ils vont savourer celui de la poussière.
La hampe renforcée décrit un cercle devant le vieux sergent.



- Mamzelle, reculez! Pas que je vous trouve repoussante.... mais j'goute point votre sourire de belette affamée là. Mon Vicomte... restez quiet. Y a comme un désir de marave chez vous et ca pourrait vous claquer à la truffe. Prenez pas l'vieux qu'je suis pour un impotent. j'm'en voudrais d'vous ôter vos illusions de trousses pets.


Vassilissa a écrit:
- Peste, il proteste…

Elle regardait le vieux sergent, mi surprise, mi amusée. Elle ne l’aurait jamais imaginé qui irait si loin, à les menacer de les rosser comme deux enfants pas sages… Avait-il mérité ça, aussi ?
Elle sourit en coin. Méritée ou non, l’occasion de s’amuser était beaucoup trop belle. Ce vieux Bourgogne, elle ne l’avait jamais vu autrement que dans l’ombre de son corniaud de maître, et c’était drôlement bon de le voir au soleil. Même si c’était pour prendre la rouste de sa vie.


- Attention Bourgogne, la Belette attaque !!!

Devant le tas de muscles et de lard du Sergent, elle se sentait de nouveau jeune, invulnérable, vivante. Un sourire impertinent sur les lèvres, elle bondit en avant, feinta.


- Un pas en avant, Trois pas en arrière…
Un pas sur l’côté…

Aussitôt dit, elle s’envola au dessus de la hampe qui tentait de la ramasser, pour taquiner le vieux mâle de beaucoup plus près. La flasque qu’il portait toujours à la ceinture semblait cible idéale, elle la perça d’un mouvement sec. La gnôle jaillit en une gerbe superbe, pour aller se mêler à la poussière.
Rayonnante, ravie, Vass souriait en grand devant un telle spectacle : Bourgogne se vidant de son fluide précieux…

Elle resta là une seconde de trop, inconsciente sans doute. Et lorsque vint le moment de reculer un peu pour se mettre à l’abri de la fureur du vieux soldat, elle trébucha sur la hampe assassine.

Il n’avait pas dit un mot. Dans un hoquet de surprise, elle roula sur le sol, son épée à la main. Ses yeux s’agrandirent et sa bouche s’ouvrit, sans qu’aucun son ne sorte. C’était trop inattendu, tellement pas logique…

Tout s’arrêta enfin. Le sol était dur, son bras la lançait. Avec un grognement, elle tenta de se relever.
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MessageSujet: Re: Rage, langueur et hiver   Mar 5 Jan - 11:04

Attila_caligula a écrit:
Le vicomte a encore la rage. La douleur le cuit maintenant, bientôt l'engourdissement qui le tiendra dans ses froides serres l'empêchera de poursuivre la punition. Et cette barrique de Bourgogne qui s'interpose! De quel droit?
Nitouche à peine marquée d'une grimace, s'élance comme une danseuse de guerre et franchit l'obstacle redoutable que le fantassin fait tournoyer devant lui. Trop lent le Bourgogne! Ou peut être trop irrésolu à frapper jolie garcelette. Mais cette dernière joue et choisit la touche humiliante mais non létale.
Alors qu'au même moment le visage couturé de l'homme d'arme s'est fermé comme une herse et le geste devient automatisme de défense. Le croc du Bec de corbin fauche l'amazone au moment où elle retombe sur ses appuis, l'envoyant rudement bouler au sol. Dans le même geste hérité de tant de batailles, la pique de l'arme darde sur la gorge tendre, prête à clouer ce joli papillon et le figer dans une stupeur éternelle.
Mais le Leu a déjà bondi, et il ne joue pas.
Le sergent a commis une faute: il a choisi une arme pour tenir les assaillants a distance, au détriment de la souplesse et de la vitesse. Et la pointe acérée ne peut revenir assez vite sur un Ysengrin fou furieux maintenant. La hampe reçoit la charge démente en résonnant de tout son bois. Qui rompt avec un claquement sec.

- Mon vicomte, la paix!" souffle le vieil homme avec angoisse.
- Tu voulais me la mortir, maraud!
Les coups pleuvent sur un Bourgogne qui s'essouffle vite. Trop de bonne chère, trop de vinasse. les parades de son moignon d'arme perdent en force et en sûreté.
- C'est Lastours qui t'envoie faire ses basses oeuvres?
Là, d'un coup, l'ouverture béante dans la ronde des fers et des bois. Bourgogne la sent aussi, mais ses bras sont trop las et son coeur cogne comme pour aller prendre l'air. Le vicomte ne voit ni n'entend Vass qui se relève en criant pour s'interposer. Une patte tenant la poignée de l'épée, l'autre posée sur le pommeau, il pèse de tout son poids augmenté d'une détente puissante des jarrets et la pointe pénètre dans le cuir épais lentement, puis d'un coup dans les chairs tendre avec un grincement sinistre quand le fer glisse entre les côtes, prisonnier.
Bourgogne tombe à genoux, entrainant le Leu à sa suite, hébétés tout deux, épaule contre épaule, joue contre joue comme deux camarades se retrouvant après une trop longue absence.

- Mon vicomte.... merci (*)


(*) merci au sens "pitié"
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MessageSujet: Re: Rage, langueur et hiver   Dim 10 Jan - 16:07

Vassilissa a écrit:
Les nuages filaient sur un ciel lumineux à l’extrème, et lentement un corbeau passa. Le vent s’agitait dans les branches d’un chêne, murmurant des mots interdits…
Et brutalement, Vass retrouva la réalité et son urgence, quand le sang se remit à battre dans ses oreilles. L’arme qui pesait sur son cou s’était retirée, elle respirait mieux. Elle voyait trouble, un peu rouge, avait mal au crâne et plus envie de se battre… Son murmure un peu rauque se mêla au bruit de la bataille :


- Trèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèève… Je demande une trèèèèèèèèèèèève… Laissez les combattants res-pireeeeeer…

Elle commençait de sourire, et celui-ci mourut sur ses lèvres. Car à quelques pas, dans une ultime étreinte, l’élève tentait de dire adieu à son vieux professeur…
Un frisson d’angoisse lui parcourut l’échine, et ses yeux supplièrent :


- Vicomte d’Ysengrin ! Reculez, je vous en prie !

Lâchant son épée, en un instant elle était sur ses pieds. Pas question de faiblir, il fallait empêcher ce carnage… Alors, sans réfléchir, elle fondit sur le vicomte, et s’accrochant à ses épaules le tira en arrière, avec toute l’énergie du desespoir.

- Tristote, Très Haut, aide-moi ! Fais que ce n’soit pas arrivé, fais qu’on n’en soit pas là…

Il était bien bâti, et ferré sur sa prise... elle avait pour elle la force que la peur lui avait insufflée. Elle ne voulait pas voir mourir Bourgogne, là… pas comme ça, pas aujourd’hui, pas aussi bêtement…

Prenant appui sur son dos, ses ongles s’enfoncèrent dans la main d’Attila, qui relâcha sa prise en grognant de surprise. Ils basculèrent tous les deux en arrière, tandis que le corps de Bourgogne s’effondrait sur le sol comme un énorme sac de maïs.

Le silence retomba, troublés seulement par leur respiration saccadée.
Vass, écrasée par le poids du vicomte, tenta de le repousser, en vain. Ses forces l’avaient quittée, maintenant qu’ils en avaient fini. Elle laissa retomber son bras sur le sol et ferma les yeux :


- J’étouffe…


Attila_caligula a écrit:
Le sang cesse de cogner furieusement à ses tempes. Le voile rouge se dissipe. Et le ciel triste et bas reprend son aspect laiteux.

- J'étouffe...

Un genou dans les reins force le Leu à rouler sur le coté. Découvrant Nitouche qui cherche de l'air.
La Lame de Tolède est vermillon. L'Ysengrin la regarde d'un oeil éteint. Puis examine la jeune femme qui se redresse sur un coude, la hanche rougie.
Enfin une lucidité cruelle revient darder son aiguillon cruel dans sa conscience embrumée.

S'appuyant sur l'épée, il titube jusqu'à l'amas de chairs inertes qui gît à quelques pas.

- Bourgogne! Bourgogne! Meerde! Ca ne meurt pas un tonneau comme toi!
- Çà... ça se perce... mon vi...
- Du linge, un chirurgien! Il se vide!
- Rheu! Poumon... se remplit... va m'falloir.... marcher... plus douc'm... Rheu!

La quinte de toux fuse en nuage ensanglanté sur le surcôt du Leu.
- Nitoooouche! Aide moi. Bordel Bourgogne, et l'attaque qui est pour bientôt!!!!
- Je ... s'rai prêt.... vicom... juste me reposer.. un peu!
- Tu parles!
- Un peu de ... vin?
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