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 Chasse aux rats à la Cour des Miracles

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MessageSujet: Chasse aux rats à la Cour des Miracles   Jeu 12 Nov - 2:25

--La.Begue a écrit:


[Passée la midi d'après les cloches des églises parisiennes]

La jeune femme poussa d'une main sure la grille rouillée du cimetière.
Avoines et herbes folles débordaient sur les allées mal entretenues. Quelques tombes portaient pierres et croix, la plupart, juste croix de bois, la majorité simple monticule de terre recouverte de quelque végétation pour les plus anciennes, terre nue pour les autres. Le long des murs se constituait un ossuaire venu de tombes trop vieilles pour ne pas laisser place à morts plus récents.
On voyait ça et là quelques signes de recueillement, maigres offrandes de pauvres bouquets pour tombes pitoyables.
La bègue jeta un regard aux alentours: quelques pauvres hères se trouvaient ici et là. Désireuse de ne pas trop attirer l'attention, elle se décida à emprunter les allées plutôt que de tirer tout droit vers son objectif.
La puanteur qui devenait de plus en plus prenante l'avertit qu'elle touchait au but. Les bottes firent encore quelques pas et s'arrêtèrent au bord de a fosse commune. Gisaient là entremêlés pour l'éternité, pécores et péquenauds, mendiants et voleurs, catins et gitons, la lie du monde parisien, ceux trop pauvres ou trop seuls pour avoir tombe isolée.
Un sourire froid traversa le visage marmoréen. Sans doute, dans le lot, se trouvaient victimes cachées d'exploits crapuleux et enfançons ayant joué le premier rôle dans les messes noires. Il ne fallait point trop chercher le pourquoi du moment dans ce coin de la capitale.
Peu lui challait de toutes façons. Elle n'était pas la pour les morts, mais pour les vivants.
En attendant que ses compagnons la rejoignent, elle fouilla dans le sac de toile qu'elle portait à l'épaule en sortant un curieux instrument. Elle lui jeta un œil dubitatif.
Non, mais quelle idée avait elle eu là?
Elle n'aurait pas pu continuer à se taire, non?
Pas très causante d'habitude, là il a fallu qu'elle l'ouvre.
Bon , d'accord, c'est son idée à la base...
Mais, il n'y avait pas un paragraphe qui disait que certains avaient les idées, d'autres les exécutaient? Non?
Mal fait, ce contrat, alors...

Elle hausse les épaules. Ce qui est dit est dit. Elle ne se défilera pas.
Elle jette un regard interrogatif à l'homme qui vient de la rejoindre.


On co-commence?


Son regard commence à scruter les alentours à la recherche de ceux qu'elle est venue chercher, là

--le_sergent_bourgogne a écrit:


- T'affole pas ma cocotte. J'suis là.

Le sergent affiche un ton peu assorti à son tein blême, lui qui porte le rubicond si bien.
Pour une fois, il regrette la tourte au fromage qu'il a ingurgité en trois bouchées gargantuesques. Elle se rebiffe maintenant et des relents aigres lui remonte le gosier.
Il saisit sa gourde de piquette de pays, qui d'ordinaire arrache des grimaces épouvantables à qui y risque une goulée. La porte à ses lèvres sèches.

Mais la bègue est plus prompte et lui arrache des mains avant d'en boire une quantité déraisonnable.
Même pas une grimace. Juste le masque d'angoisse qu'ils partagent en ce lieu embrumé. Des froissements les font se retourner comme des nobliauds dans une volte. Bel ensemble dans la terreur.


- C'est y l'Ankou qui viendrait nous y chercher?
C'est pas l'heure! rev'nez plus tard!
hurle le soudard d'une voix de fausset.
- A...a...a...
- Quoi? quoi?qu'est ce qu'y a?
- Amène toi
!

--La.Begue a écrit:


Une grimace désapprobatrice déforme brièvement le visage en s'entendant appeler Ma cocotte. Ca dénote un trop plein de familiarité qui ne plait guère à la Bègue. Enfin, pas le moment de vexer le soudard. C'est un des rares qui a bien voulu l'accompagner, et elle ne tient pas à perdre son escorte, ici. Elle veut bien être téméraire, pas suicidaire, pas encore du moins.
Elle attrape au vol, la gourde de vin et s'octroie large rasade, espérant chasser la nausée qui s'insinue. L'odeur se fait de plus en plus prenante et élève des vagues dans son estomac.
Un bruit non identifié les fait se retourner d'un bond. Sa botte accroche le bord de la fosse et manque l'y faire tomber. Elle récupère son équilibre au dernier moment. Elle en tremble soudain. Pas spécialement envie de finir la journée à nager au milieu des cadavres . Elle reprendrait bien soudain du tord-boyaux du sergent.
Celui-ci n'a rien vu tout à sa terreur soudaine. Elle soupire. Et, en plus, il a fallu qu'elle tombe sur le plus superstitieux de tous.
Des frôlements et des bruissements dans un cimetière, ça signifie que ceux qu'ils sont venus chercher sont dans le coin. Un peu plus loin vers la droite si elle a bien réussi à identifier la provenance du bruit.
Elle appelle l'homme et commence à se diriger vers la présumée source. Elle tient fermement son outil dans la main droite. Ils risquent d'être vifs : pas le moment de rater son coup.
Le brouillard s'insinue en vaguelettes. Il ne manque plus qu'un hurlement dans le lointain et cette petite sortie réunira tous les poncifs des légendes horrifiques que les vieux racontent à la veillée.
La jeune femme avance encore et soudain s'arrête: le spectacle qui se présente sous ses yeux, même si il est celui quel elle espérait, à de quoi retourner l'estomac aux plus aguerris, ce qu'elle est encore loin d'être.
Elle fait instinctivement un pas en arrière. Après tout, aux hommes d'ouvrir la marche, non?
Elle chuchote:


Ga-ga-gascogne?
Là, j-je crois q-qu'on a tou-touché le p-pompon.
T-tu y vas, j-je t-te s-s-s-uis?

--Le_sergent_bourgogne a écrit:


- Moi c'est Bourgogne ma jouvencelle. Tu t'en souviendras quand on sera dev'nus intimes. Pousse toi et laisse faire le mâle.
La face rougeaude s'illumine d'un grand sourire cassé. Les coutures craquent mais résistent quand les yeux du soldat se posent sur ce que lui montre la mignonne.
Devant lui, une ouverture béante dans un caveau défoncé par quelque maraudeur... c'est du moins ce qu'espère le sergent, plus habitué aux moignons sanglants qu'aux ossements mis à jour.

- Dis voir la belle, ça bouge là d'dans.
- On est v-v-v'nu pour, Bourbb-b-bonnais.

Le sergent se retourna, cette fois, ses petits yeux perçants lançaient des étincelles paillardes.
- C'est plutôt à bourre conet qu'on va jouer ma jolie. Mais ici?... t'en as dans l'ventre, y a pas à dire.
- Idiot! on est v-v-venu pour ça, là, dev-v-vant toi.
La jeune femme tendit le bras vers le caveau, invitant de l'autre main le sergent à avancer dans les ténèbres opaques. Quand il se fut retourné, reprenant son masque d'angoisse à la perspective d'entrer dans le cul du démon, elle sourit malicieusement.
- T'sais que j'f'rai pas ça pour n'importe quelle garcelette. Foutre! Ils sont en train de bâfrer!

--La.begue a écrit:



La bègue se retient de lever les yeux au ciel et de pousser un soupir exaspéré en entendant les rodomontades salaces. Les sœurs lui avaient bien dit que les hommes ne pensaient qu'à ça, mais celui là, c'est le haut du panier.
Là, l'air beaucoup moins salace d'un coup le sergent, en voyant ce que leur réserve l'intimité du caveau.


Ta-T'attends q-quoi, O-orléans? Un ca-carton din-d''invitation?
B-b-bien s-sur q-qu'ils ba-baffrent! Ce-c'est bien pou-pou-pour ç-ça q-qu'on est là, n-non?


Impatiente et décidée, elle bouscule le soldat et se place devant l'entrée du caveau.
Elle baisse la baguette qu'elle tient à la main.


Ou-ouvre le s-sac, Dau-dauphiné, j-je p-pars à la p-pêche.

Elle avance d'un pas et tend le bras. Au bout de la longue canne flexible, la cordelette forme un anneau.
La lumière pale de la mi-journée dessine avec minutie les détails de la scène macabre.
Le cercueil a manifestement été volé, le cadavre d'un beau vert luisant git sur le sol, tout ballonné. Dessus, s'affairent cinq gros rats, cible de la jeune femme. Pas du petit rat de campagne, du bon gros rat des villes, efflanqué malgré la richesse du garde-manger, signe certain que par ici la lutte pour la survie est affaire de tous. Ça tombe bien, elle les veut vifs et nerveux.
Les rats après un coup d'œil dédaigneux aux deux humains sont retournés à leur festin. Ici, ils sont les rois et ils le savent.
Le nœud coulant, petit à petit s'avance du plus proche et s'immobilise près de sa tête.

--le_sergent_bourgogne a écrit:


- AAAAH!

La voix de stentor barriqué à la bière durant de nombreuses années retentit comme une bombarde.

- Qq-q-que-quet-t-t-t...
- Maint'nant? C'est bien l'moment de te dépuceler la jolie, j'ai vu une ombre... J'ai pas la lance bien calée pour le coup.
- Que t'arrive-t-il? B-b-bon dieu... tu ne p-penses qu-qu'à ça?
- Pas en ce moment.. Je t'assure... une ombre, sûrement une succube ou un esprit..

Le sergent roulait des yeux effarés, la gosse le regardait stoïquement.
- Forcément tu n'as rien v AAAAAH!
- Q-q-quoi encore?


Prestement, le sergent empogne la cane à rats, et glisse adroitement le noeud autour du cou de la plus grosse bête, de la taille d'un jeune chat; qui s'approchait probablement pour voir si le vif valait le faisandé.
- Ah bah belle prise! Y a pas a tortiller du croupion, c'est du premier choix! J'ai sauvé ta gambette ma belle, t'aurais eu la gringrène, ou pire, la pestouille pudique.
- G-g-gangrène, paysan! et B-b-bub-b-b oui bon, pudique.

--La.Begue a écrit:


Les mains tremblantes, la jeune femme s'empare du sac. Elle a un peu de mal à l'ouvrir. Les cris divers et variés du sergent ont ébranlé ses nerfs, ainsi que la proximité du rongeur avec ses pieds.Un dernier frisson parcourt son échine. Le gros sergent fait entrer difficilement la prise dans le sac. Ça frétille, ça couine, ça proteste, ça lutte.


Un-un l-l-luutteur, ce-ce-celui-ci. Pi-pile ce-ce q-que nous cherchions, Co-co-comminges.
En attendant, t-tes cris de pu-pucelle effa-farouchée, on fai-fait f-fuir les autres.
Espérons q-qu'ils n'ont p-pas t-tous fui le ci-cimetière et q-que nous trouvions fa-famille à ce-ce p-pauvre orphelin. Il s'ennuierait s-seul.
Une f-flute! Il nous f-faudrait une f-flute!
A ce-ce qu'il pa-pa-parait, ces b-bestioles aiment le s-son d-du flageolet.
Enfin, n-nous n'en trouverons p-pas ici. M-mais il f-faudra y pen-penser p-pour la p-prochaine fois.
A-a-allons v-viens, A-a-armagnac, on v-va voir si-sii on trouve une fa-famille à Ré-rémi.

--le_sergent_bourgogne a écrit:


Le soudard finissait d'emballer le monstre. Du coin de l'oeil il regardait la silhouette fluette de la Bègue. Plus la nuit avançait, moins la perspective d'un moment agréable en sa compagnie se précisait. La môme était menue comme un coucou, il aurait pu lui casser le cou entre le pouce et l'index, mais quelque chose lui disait qu'il aurait probablement un pied d'acier dans la panse s'il essayait. Il ne savait où, mais la gosse avait certainement emmené une lame pour se défendre...
... et si elle ne l'avait pas fait, c'était encore plus inquiétant.


- Le Dode y a dit qu' on doit trouver le Gaspard qui cause
- ...?
- T'en as entendu causer toi?
- T-T-T'as bu?
- Nan, le Dode y a dit qu' y aurait un Gaspard qui cause, que c'est lui qu'y veut... Viens on va arquer à coté...

Et les deux silhouettes, l'une fine et souple, l'autre massive et lourde, gagnèrent un nouveau tertre élevé sur de la terre battue où il ne fallut pas longtemps pour distinguer multitude de mouvements jaillissant de toutes part.
- Ben mon colon, on a l"nid.
- T-t-tu l'as d-d-dit b-b-b
- Bourgogne
- B-bouffi.
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